Avr 272012
 

Sur le blog de Michael Langlois :

Christian Palestinian Aramaic Unicode Font

La plupart des éditions utilisent des caractères syriaques pour noter les textes conservés en dialecte christo-palestinien (araméen occidental). L’alphabet est le même, mais ses caractères sont distincts dans les manuscrits. Alain Desreumaux a ainsi dessiné une belle police de caractères christo-palestiniens et l’a rendue disponible à la communauté scientifique. Elle s’utilise avec un clavier unicode syriaque. Michael Langlois en offre un qu’il a produit (le lien est sur son blog). Il est destiné aux clavier AZERTY. Pour les nord-américains, un clavier syriaque QWERTY est disponible sur le site de Michael Reißer.

Ce sont de beaux caractères. J’ai essayé sur divers traitement de textes. Sur OpenOffice pour Mac OS X (ce que j’utilise quotidiennement) ce n’est cependant pas concluant. Les liaisons ne se font pas. J’utilise des caractères unicodes pour le grec et le copte sur OpenOffice, mais je suis encore avec le true type pour les caractères sémitiques : SPEdessa pour le syriaque et SPTiberian pour l’hébreu et l’araméen biblique. Beth Mardutho recommande aux utilisateurs Mac le traitement de texte Mellel. J’ai jeté un coup d’oeil et ce n’est pas trop cher. Je viens de le télécharger et ils offrent 30 jours d’essai. Franchement, sur Mellel c’est concluant! Il ne me reste qu’à espérer qu’un généreux mécène achète pour moi la licence. 😀

ms036 schoyen collection

Palimpseste de la collection Schøyen (Schøyen 38).

Fragments de l’Évangile de Matthieu 26. 59-68; 26.70-27.2; 27.3-10 en araméen christo-palestinien.

Bibliographie

  • Alain Desreumaux, Codex sinaiticus Zosimi rescriptus. Description codicologique des feuillets araméens melkites des manuscrits Schøyen 35, 36 et 37, Lausanne : Éditions du Zèbre (Histoire du texte biblique 3), 1997, 208 p., 8 pl.
  • Christa Müller-Kessler, “Christian Palestinian Aramaic and Its Significance to the Western Aramaic Dialect Group”, Journal of the American Oriental Society 119 (1999), pp. 631-636.

La nouvelle édition de la TOB

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Avr 252012
 

Pour faire suite à l’article précédent, un ami me signale que la nouvelle édition de la Bible TOB (qui date quand même de 2010) intègre six livres supplémentaires qui sont en usage dans la tradition de l’Église orthodoxe (donc, six autres livres deutérocanoniques). Ces livres sont :

  • 3 et 4 Esdras
  • 3 et 4 Maccabées
  • La prière de Manassée
  • Le Psaume 151

Des détails ici :

Une nouvelle édition de la TOB… avec six livres de plus ?

 

Avr 242012
 

Il circule sur le web une certaine confusion au sujet des livres dits “apocryphes”. On ne blâme pas les gens de bonne volonté de ne pas s’y retrouver. On dirait en effet que pour ce type de sujet, le web est l’endroit par excellence pour se confondre dans un tas d’opinions personnelles qui ne servent souvent qu’à vendre une salade mal assaisonnée.

J’ai reçu hier quelques courriels m’informant de l’existence d’une Bible au contenu subversif. Rien de moins! Cette Bible contiendrait en effet des livres “apocryphes”, me dit-on! On me précise qu’elle aurait un imprimatur de Pie XII, rien de moins! Une Bible tellement secrète et au contenu si explosif qu’aucune trace n’en subsisterait sur internet!

Qu’est-ce donc que cette Bible?

Il s’agit tout simplement d’une édition catholique publiée sous la direction du Cardinal Liénart! Rien de bien bien compliqué, une édition catholique tout à fait standard. Un simple survol du web nous fait trouver de nombreuses images de la couverture ou de la page titre de cette version et moi-même je l’ai souvent vue chez des bouquinistes à Montréal et à Québec. Il ne s’agit donc pas d’une édition secrète ou subversive au point où l’Église catholique en aurait fait disparaître les traces. Bien non, c’est une édition tout ce qu’il y a de plus ordinaire.

Pourtant, me dit-on, des livres “apocryphes” y sont inclus.

Un peu de lumière, s’il vous plait!

La confusion vient de l’usage sémantique du mot “apocryphe” qui n’a pas tout à fait la même signification dans l’usage anglophone que francophone. Mais encore, les protestants utilisent bien souvent eux aussi le mot “apocryphe” pour désigner un certain ensemble de livres dans le même sens que l’usage anglophone. De là ce constat qu’il existe un charabia quasiment indéchiffrable sur internet sur des sites traduits à la va-vite, souvent traduits en ligne de manière automatique. De plus, certains auteurs de sites sont manifestement mal informés et le résultat est un vrai melting pot où l’homme et la femme de bonne volonté s’y confondent.

Je vais essayer de simplifier ça à l’extrême.

Ces livres qu’on me dit être des livres “apocryphes” (Tobit, Baruch, Le Siracide, ou Ecclésiastique et quelques autres) sont en fait les livres deutérocanoniques qui sont inclus dans toutes les versions bibliques catholiques standards selon le canon (ou liste) de l’Ancien Testament de la Vulgate latine. Pour le redire le plus simplement du monde : ces “apocryphes” sont inclus dans toutes les bibles catholiques courantes comme par exemple la Jérusalem, ainsi que la version oecuménique TOB ou la Crampon ou la Osty (bref, toutes les éditions catholiques romaines). Ces livres, on les appelle deutérocanoniques. Le problème vient donc de la terminologie.

Un exemple est cette version anglaise que j’ai à la maison. (moi aussi j’ai donc une Bible “top secrète”!)

Il s’agit de la traduction dite “New Revised Standard Version” dans une édition des presses de l’Université d’Oxford. Voyez mon doigt et la mention With the Apocrypha. Qu’est-ce que cela signifie?

Les anglais disent ainsi tout simplement “apocrypha” là où les catholiques francophones disent “deutérocanoniques”. Un traducteur en ligne comme celui de Google risque d’y perdre son latin. 😀

On continue?

Les “apocryphes” alors, c’est quoi?

Pour le dire le plus simplement du monde : Là où les catholiques et les francophones disent “apocryphes”, les anglo disent plutôt “pseudepigrapha”. Ainsi, ce que les catholiques francophones et les universitaires nomment “apocryphes” (donc des livres comme l’Évangile de Thomas, les Actes de Jean et bien d’autres), les anglophones les nomment “pseudepigrapha”. Pour ajouter à la confusion, certains éditeurs anglophones ont aussi utilisé “apocrypha” pour désigner ce corpus. De plus, il y a aussi des Bibles catholiques éditées en milieux protestants qui utilisent le mot “apocryphes” dans leurs tables des matières.

On résume avec un petit tableau :

Deutérocanonique = Apocrypha (apocryphes pour certains protestants)

Apocryphe = Pseudepigrapha (pseudépigraphe en français)

 

 

Examinez attentivement la table des matière de ma Bible en anglais (cliquez simplement sur l’image pour plus de clarté, une nouvelle fenêtre va s’ouvrir). La liste des livres inclus dans cette édition est ici en ordre alphabétique. Trouvez les noms des livres qui ne vous sont peut-être pas familiers, notamment, mais pas exclusivement : Baruch, Bel and the Dragon, 1 Maccabees – 4 Maccabees, Prayer of Manasseh, Susanna, Tobit.

 

Ce qu’il faut débroussailler, c’est qu’au départ, pour ce que nous appelons l’Ancien Testament, il y avait un canon juif palestinien qui est encore aujourd’hui utilisé par les juifs contemporains. Les protestants utilisent aussi cette liste de livres.


Mais…

Dans l’Antiquité, les juifs de langue grecque avaient quelques livres de plus dans leur corpus. Les chrétiens ont naturellement continué à utiliser ces livres (mais non pas les communautés rabbiniques, héritières du judaïsme palestinien). Jérôme (le bon moine devenu un “saint”) en a traduit quelques un en latin et ils se sont ainsi retrouvés dans la Vulgate latine, et de nos jours dans les bibles catholiques. Ces livres “apocryphes” sont donc ceux-ci et si vous regardez dans la Bible de Jérusalem par exemple, vous constaterez qu’ils sont bel et bien là! La nouvelle édition de la Bible TOB incorpore même six nouveaux livres qui sont en usage dans la tradition des Églises orthodoxes.

On continue à débroussailler…

Les Églises chrétiennes dites Orthodoxes, les églises d’Orient comme les éthiopiens, les syriens, les coptes ont conservé d’autres livres au sein de leurs Ancien Testament (le nom qu’on utilise pour nommer l’Ancien Testament chez eux est la “Septante”, ou selon son abréviation courante, la LXX). Par exemple, il y a quatre livres des Macchabées dans la Septante (comme dans ma version en anglais) alors que dans la Vulgate latine – donc dans les éditions catholiques, il y en a seulement deux. Il y a aussi dans la Septante un livre intitulé “Les Odes” et quelques autres livres qui ne sont pas dans la Vulgate latine, donc pas dans les éditions catholiques.

On débroussaille encore un peu? Si c’est trop compliqué, passez. 🙂

Déplaçons nous donc en Éthiopie et… nous trouvons deux autres livres inclus dans leur Ancien Testament : “Le livre des Jubilées” et “le Livre d’Hénoch” (ce fameux livre que les érudits orthodoxes citaient et que les catholiques latins cherchaient désespérément). Pas caché donc, ni censuré, ni rien de ça (comme on le prétend souvent dans une certaine culture populaire). Il est tout à fait là, dans leurs bibles.

Autrement dit, si on résume et simplifie au maximum, le mot “apocryphe” n’a pas la même signification en anglais qu’en français. Sur internet, bien souvent on trouve de l’information floue parce que les sites passent d’une langue à l’autre via les traducteurs automatiques en ligne, ainsi que suite au manque d’information de ceux qui écrivent ces sites.

De plus, les listes de livres de l’Ancien Testament varient selon qu’on a affaire à une version protestante ou catholique ou orthodoxe ou juive.

Rien donc là de bien secret!

Voilà donc et fin du mystère!

Je vais ajouter une bibliographie de volumes de base d’ici quelques jours. Vous repasserez!

 

(15 janvier 2013) La voici cette bibliographie de base, pour lire les textes (merci à M. Chaput)

 

La Bible. Écrits intertestamentaires, Bibliothèque de la Pléiade no. 337, Éditions Gallimard, 1987.

Écrits apocryphes chrétiens t. 1 et t. 2, Bibiothèque de la Pléiade no. 442 et 516, Éditions Gallimard, 1997 et 2005.

 

Benoît XVI, Origène et l’Évangile de Thomas

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Avr 212012
 

C’est une très belle homélie pour la vigile pascale qu’a prononcée Benoît XVI le 7 avril dernier. Vous pouvez la lire ici (en français) ou en anglais ou en italien.

Qu’on soit catholique pratiquant, qu’on soit protestant, agnostique ou athée; qu’on aime la pensée et la théologie de l’Église et de Benoît XVI ou qu’on ne l’aime pas, une chose est indéniable : Ce Pape est un très grand érudit, très grand connaisseur de la littérature patristique et du christianisme ancien. En effet, au cours de mes recherches, il m’est arrivé à quelques reprises de tomber sur un article académique de Joseph Ratzinger (i.e. Benoît XVI), notamment sur Augustin. Un érudit tel que lui cite ainsi avec beaucoup d’aisance les auteurs chrétiens anciens et ça se voit rapidement aussitôt aussi qu’on ouvre un de ses livres.

Or, dans son homélie, et ça vous a certainement sauté aux yeux, Benoît XVI cite Origène. Certains d’entre vous aurez vite pensé que ça a quelque chose d’exceptionnel. En effet, Origène est un auteur qui a été suspecté par l’orthodoxie à partir du quatrième siècle. J’en glisse un mot dans une recension parue il y a quelques années dans la revue Religiologiques que vous pouvez lire ici. On lui a aussi payé une vilaine traite au Concile de 553 (Constantinople) alors qu’on a condamné un certain nombre de propositions émises par Origène dans son Traité des principes (ou selon son titre grec Peri Archôn). Cela dit, l’Église latine (donc le Vatican) a conservé de nombreux textes d’Origène en traduction latine produites pour la plupart par Rufin d’Aquilée, mais aussi par ce cher Jérôme (un saint!) qui a bien souvent mauvaise presse (mais qui lui aussi était un érudit d’exception – mais avec un caractère inqualifiable!) Ainsi, les moines catholiques ont patiemment recopié des homélies et des commentaires bibliques d’Origène en latin. En nous rendant ce fier service, nous pouvons encore aujourd’hui lire ces pages édifiantes. Sans eux, elles auraient sombré dans un naufrage dans les profondeurs du néant et auraient été perdues à jamais.

Revenons donc à cette citation d’Origène dans l’homélie du Pape. Je cite (mais vous venez de la lire, vous la connaissez maintenant aussi bien que moi!) :

 

« Le Christ, la lumière est feu, il est la flamme qui brûle le mal transformant ainsi le monde et nous-mêmes. « Qui est près de moi est près du feu », exprime une parole de Jésus transmise par Origène. »

Oh! Comme c’est intéressant ça : « Qui est près de moi est près du feu »! Origène cite une parole non canonique de Jésus, ce qu’on appelle en “jargon d’érudit” un agraphon. Une parole de Jésus non-écrite, transmise par un père de l’Église. On en compte beaucoup de ces agrapha. Mais dans le cas qui nous intéresse, dans le cas de ces mots de Jésus que cite Origène et que cite à son tour le Pape, les trouve-t-on ailleurs? La réponse est oui! On trouve cette phrase dans l’Évangile de Thomas retrouvé parmi les textes de Nag Hammadi. Il s’agit du logion 82 que voici :

Jésus a dit : «Celui qui est près de moi est près du feu et celui qui est loin de moi est loin du Royaume.»

Hum…

La rumeur rapporte pourtant que l’Église tremble de peur devant les textes de Nag Hammadi et cherche à tout prix à les cacher au public…

On nous disait aussi que l’Église avait condamné l’Évangile de Thomas

Ah! Ces rumeurs, toujours rien que des rumeurs. Laissons donc ces rumeurs courir et nous, avançons.

Le Pape savait-il qu’il citait un texte supposément hérétique? Certainement! D’une part, on le sait, Benoït XVI est un érudit de premier ordre. On peut l’aimer ou non, ce fait est indéniable. C’est un très grand savant et un grand connaisseur de la littérature chrétienne ancienne : La Bible, les Pères de l’Église et les livres apocryphes. Le Pape ne peut pas ignorer qu’il cite un apocryphe. C’est impensable. Mais encore, Michael Peppard (voir le lien plus bas) signale que le Pape cite aussi le logion 108 dans un de ses livres afin d’éclairer le sens de l’Évangile de Jean (celui que nous lisons dans nos traductions de la Bible). Ça dit quoi ce logion 108?

 

Jésus a dit : «Celui qui boira à ma bouche deviendra comme moi; moi aussi je deviendrai lui et les choses cachées se dévoileront à lui.»

Wow!

 

Merci à Michael Peppard, professeur à l’Université Fordham à New York de nous l’avoir signalé!  (en anglais)