Déc 262015
 

Un texte de Serge Cazelais avec la collaboration de Bibiane Bédard.

Il m’est arrivé souvent de ressentir un profond malaise en entendant le “Minuit, chrétiens”, ce chant qui fait désormais partie des mœurs et traditions du catholicisme populaire québécois lors de la messe de minuit. Ce chant parle en effet d’un «peuple à genoux» et d’un fils qui descend du ciel afin «d’apaiser le courroux» de son père afin d’effacer la «tache originelle». C’est tellement peu chrétien que tout ça, moi, ça m’a souvent dérangé, voire troublé au point où je refuse désormais, depuis de nombreuses années même, de chanter ce cantique qui est en totale discordance avec ma foi. En discutant de la chose avec mon amie Bibiane, celle-ci me confie que son père qui était fervent catholique, et maître-chantre à l’église de son enfance avait souvent manifesté de grandes réserves à l’endroit de ce chant.

Pas plus tard qu’hier, dans la soirée de Noël 2015, une personne me questionne au sujet de l’expression «peuple à genoux», troublé, voire même choqué que la doctrine chrétienne formate ainsi les esprits avec de telles croyances.

Il n’en fallait pas plus pour que je me décide à mener une petite enquête qui m’a révélé des choses forts intéressantes et très rassurantes! La première de ces découvertes est que le diocèse catholique de Québec recommande désormais à ses paroisses d’éviter le “Minuit, chrétiens” qui contient des paroles qui sont contraires à la foi chrétienne! Je cite (j’ajoute les caractères gras) :

«On ne peut pas, en pleine Année de la foi, et malgré le caractère émotif que porte ce chant, chanter « de son Père apaiser le courroux » : on dit le contraire de la foi chrétienne ! Le Fils ne s’est pas incarné en raison du courroux du Père, mais en raison de l’amour éternel qui a poussé le Père à faire apparaître une créature avec laquelle il pourrait être en Alliance et, un jour, venir à sa rencontre. Ce désir d’Alliance de toute éternité est totalement incompatible avec l’idée que le Fils soit venu pour « régler un problème » qui mettait le Père en colère!» (source en ligne : Suggestions d’aménagements liturgiques pour les célébrations de Noël).

Notre enquête s’est poursuivie et nous a menée à une découverte encore plus étonnante! Dans une lettre datée du 14 décembre 1933, l’Archevêque de Québec, Mgr Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, un oblat promu au rang de Cardinal, formulait ainsi ses réserves à l’endroit de ce qui était devenu un classique de Noël, je reproduis un extrait de sa lettre, je mets certaines sections en caractères gras :

«A l’approche de Noël, le chant du “Minuit, chrétiens” recommence à provoquer des controverses. Autant en raison des exigences de la musique religieuse que par souci de doctrine et de convenance liturgique, l’Archevêque se réjouit qu’en plusieurs endroits on l’ait abandonné, et il souhaite que sa disparition se généralise. Le texte en est incontestablement d’une théologie douteuse et toute la composition d’une origine pour le moins quelconque. On pourra sans désavantage le remplacer par quelque autre ancien cantique de Noël, par exemple, celui  “Les Anges dans nos campagnes”, dont le refrain, quelle qu’en soit la valeur artistique, est une pieuse exclamation tirée du saint Evangile (Luc, II, 14) et qui convient plutôt à l’inauguration du joyeux temps de Noël.

En tout cas, il ne sera permis à personne de se réclamer de l’autorité de l’Archevêque de Québec, comme on l’a fait l’an dernier, pour préconiser la valeur du “Minuit, chrétiens” d’Adolphe Adam.» (source : Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec, vol 14, p. 239-240)

Sur internet, on pourra trouver d’autres détails, notamment concernant les allégeances maçonniques et païennes de l’auteur des paroles originales du “Minuit, chrétiens” dont le message serait en fait la proposition d’un programme social et politique. Ce sujet m’importe peu, je le laisse à votre bon jugement!

Terminons simplement avec ceci, le diocèse de Québec suggère de remplacer les paroles originales du chant par cette révision de Renaat Van Hove, là où pour des raisons culturelles, sans liens avec la foi, on tient à conserver l’air. Les paroles de Van Hove ont le mérite de s’inscrire dans la Tradition :

Minuit, chrétiens, au coeur de notre histoire
le Fils de Dieu vient renaître chez nous
Pour partager les fruits de sa victoire
et de son Père annoncer tout l’amour.

Le monde entier tressaille d’espérance
en cette nuit qui lui donne un Sauveur.
Peuple de Dieu, reçois ta délivrance.

Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur !
Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur !

Un nouveau-né couché dans la mangeoire,
c’est la nouvelle annoncée aux bergers.
Les choeurs des cieux de Dieu chantent la gloire
et sur la terre la joie d’être aimé.

Chantons, joyeux, notre reconnaissance
pour cette nuit qui nous donne un Sauveur.

Peuple, debout ! Chante ta délivrance.
Noël ! Noël ! Chantons le Rédempteur !
Noël ! Noël ! Chantons le Rédempteur !