avr 212012
 

C’est une très belle homélie pour la vigile pascale qu’a prononcée Benoît XVI le 7 avril dernier. Vous pouvez la lire ici (en français) ou en anglais ou en italien.

Qu’on soit catholique pratiquant, qu’on soit protestant, agnostique ou athée; qu’on aime la pensée et la théologie de l’Église et de Benoît XVI ou qu’on ne l’aime pas, une chose est indéniable : Ce Pape est un très grand érudit, très grand connaisseur de la littérature patristique et du christianisme ancien. En effet, au cours de mes recherches, il m’est arrivé à quelques reprises de tomber sur un article académique de Joseph Ratzinger (i.e. Benoît XVI), notamment sur Augustin. Un érudit tel que lui cite ainsi avec beaucoup d’aisance les auteurs chrétiens anciens et ça se voit rapidement aussitôt aussi qu’on ouvre un de ses livres.

Or, dans son homélie, et ça vous a certainement sauté aux yeux, Benoît XVI cite Origène. Certains d’entre vous aurez vite pensé que ça a quelque chose d’exceptionnel. En effet, Origène est un auteur qui a été suspecté par l’orthodoxie à partir du quatrième siècle. J’en glisse un mot dans une recension parue il y a quelques années dans la revue Religiologiques que vous pouvez lire ici. On lui a aussi payé une vilaine traite au Concile de 553 (Constantinople) alors qu’on a condamné un certain nombre de propositions émises par Origène dans son Traité des principes (ou selon son titre grec Peri Archôn). Cela dit, l’Église latine (donc le Vatican) a conservé de nombreux textes d’Origène en traduction latine produites pour la plupart par Rufin d’Aquilée, mais aussi par ce cher Jérôme (un saint!) qui a bien souvent mauvaise presse (mais qui lui aussi était un érudit d’exception – mais avec un caractère inqualifiable!) Ainsi, les moines catholiques ont patiemment recopié des homélies et des commentaires bibliques d’Origène en latin. En nous rendant ce fier service, nous pouvons encore aujourd’hui lire ces pages édifiantes. Sans eux, elles auraient sombré dans un naufrage dans les profondeurs du néant et auraient été perdues à jamais.

Revenons donc à cette citation d’Origène dans l’homélie du Pape. Je cite (mais vous venez de la lire, vous la connaissez maintenant aussi bien que moi!) :

 

« Le Christ, la lumière est feu, il est la flamme qui brûle le mal transformant ainsi le monde et nous-mêmes. « Qui est près de moi est près du feu », exprime une parole de Jésus transmise par Origène. »

Oh! Comme c’est intéressant ça : « Qui est près de moi est près du feu »! Origène cite une parole non canonique de Jésus, ce qu’on appelle en “jargon d’érudit” un agraphon. Une parole de Jésus non-écrite, transmise par un père de l’Église. On en compte beaucoup de ces agrapha. Mais dans le cas qui nous intéresse, dans le cas de ces mots de Jésus que cite Origène et que cite à son tour le Pape, les trouve-t-on ailleurs? La réponse est oui! On trouve cette phrase dans l’Évangile de Thomas retrouvé parmi les textes de Nag Hammadi. Il s’agit du logion 82 que voici :

Jésus a dit : «Celui qui est près de moi est près du feu et celui qui est loin de moi est loin du Royaume.»

Hum…

La rumeur rapporte pourtant que l’Église tremble de peur devant les textes de Nag Hammadi et cherche à tout prix à les cacher au public…

On nous disait aussi que l’Église avait condamné l’Évangile de Thomas

Ah! Ces rumeurs, toujours rien que des rumeurs. Laissons donc ces rumeurs courir et nous, avançons.

Le Pape savait-il qu’il citait un texte supposément hérétique? Certainement! D’une part, on le sait, Benoït XVI est un érudit de premier ordre. On peut l’aimer ou non, ce fait est indéniable. C’est un très grand savant et un grand connaisseur de la littérature chrétienne ancienne : La Bible, les Pères de l’Église et les livres apocryphes. Le Pape ne peut pas ignorer qu’il cite un apocryphe. C’est impensable. Mais encore, Michael Peppard (voir le lien plus bas) signale que le Pape cite aussi le logion 108 dans un de ses livres afin d’éclairer le sens de l’Évangile de Jean (celui que nous lisons dans nos traductions de la Bible). Ça dit quoi ce logion 108?

 

Jésus a dit : «Celui qui boira à ma bouche deviendra comme moi; moi aussi je deviendrai lui et les choses cachées se dévoileront à lui.»

Wow!

 

Merci à Michael Peppard, professeur à l’Université Fordham à New York de nous l’avoir signalé!  (en anglais)

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