Juin 202016
 

Jeudi dernier le 16 juin 2016, le journaliste Ariel Sabar publiait dans The Atlantic le résultat de son enquête au sujet de cet incroyable vaudeville que constitue la saga autour de ce faux papyrus nommé par la professeure Karen King de l’Université Harvard “The Gospel of Jesus Wife” (L’Évangile de la femme de Jésus).

Ma première réaction publiée sur facebook était :

«Le meilleur article de journalisme d’enquête qu’il m’ai été donné de lire depuis de nombreuses années! Ce journaliste confirme ce que les vrais spécialistes avaient déjà conclu dès les premiers moment de la publication de ce faux morceaux de papyrus qui a malheureusement été instrumentalisé par des chercheur(e)s plus motivé(e)s à promouvoir une idéologie à la “Da Vinci Code” que par la science historique.» (16 juin, 09:03)

Au menu : Fabrication de faux documents, délire mystique, de l’argent, de la pornographie et une tentative de soudoyer un journaliste… sans parler de l’agenda politico-religieux de certain(e)s chercheur(e)s et d’une université américaine parmi les plus prestigieuses qui est dans l’eau chaude parce qu’elle n’a pas fait ses devoirs…

Lisez l’article dans The Atlantic, puis lisez ce que j’en ai dit depuis les premiers jours en septembre 2012 (le billet le plus ancien est au bas de la page) et je reviens avec une réflexion cet automne.

J’ai lu pour vous : Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècle

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Mai 082016
 

La revue Science et esprit vient de publier (2016, vol 68/2-3.) dans son numéro  ma recension du livre important et génial d’Antonio ORBE, Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles, paru en deux volumes dans la collection « Patrimoines – Christianisme » au Cerf en 2012. La fiche des deux volume est ici.

Vous pouvez lire ma recension ici : Orbe-Cazelais.

 

Avr 132016
 

 

Vous rêvez depuis longtemps d’apprendre à lire l’hébreu biblique? C’est un grand plaisir pour moi de vous inviter à suivre mes cours d’hébreu qui seront offerts à l’Université Saint-Paul à Ottawa pendant le semestre d’automne (septembre à décembre) 2016!

Les cours s’offriront en français et en anglais selon un horaire de deux séances d’une heure trente à chaque semaine; ainsi les cours en français s’offriront les lundi et mercredi soir de 17h30 à 19h, et les cours en anglais les mardi et jeudi soir de 17h30 à 19h. La grille horaire se trouve au bas de cette page.

Vous habitez dans une autre région? Vous aimeriez me suivre dans le confort de votre salon? Aucun problème! La formation s’offrira en classe et en ligne! Si vous venez en classe, vous pourrez même m’écouter en reprise! Vous aurez en effet accès à un portail de l’Université d’Ottawa (partenaire de l’Université Saint-Paul) qui vous permettra de suivre mes cours à l’écran, en direct ou en différé!
Vous n’avez ainsi besoin que d’une connexion à internet et le tour est joué!

Autre option, vous pouvez aussi choisir de suivre le cours comme simple étudiant libre, ou encore afin d’obtenir des crédits universitaires dans le cadre d’un diplôme de l’Université Saint-Paul, ou de l’Université d’Ottawa, ou qui pourraient vous être transférés, après entente préalable, à votre programme dans une autre université.

Notez bien qu’un nombre minimal d’inscriptions est exigé par l’Université Saint-Paul afin que les cours soient offerts. Ce nombre est fixé à 10. Ainsi, si vous voulez vous assurer que ça se tienne, je vous invite à vous inscrire le plus rapidement possible.

Si la demande le justifie, une suite sera offerte au semestre d’hiver 2017.

 

Renseignements, modalités, coûts, visitez la page du Bureau de l’admission de l’Université Saint-Paul

Ou encore laissez-moi un message en utilisant le formulaire au bas de cette page en indiquant clairement votre adresse courriel – mais je risque de vous référer au bureau de l’admission de l’Université Saint-Paul.

Au plaisir!

Serge

Automne 2016

Lundi Mardi Mercredi Vendredi Vendredi
17h30-19h00 THO 2590W

Introduction à l’hébreu biblique

THO 2190W

Introduction to Biblical Hebrew

THO 2590W

Introduction à l’hébreu biblique

THO 2190W

Introduction to Biblical Hebrew

Un manuscrit vieux de 1500 ans ferait trembler le Vatican? Rumeurs et faits.

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Juin 282014
 

syriaque1

 

Un manuscrit ancien… trouvé chez des brigands… par la police turque… des secrets… cachés depuis 1500 ans… le Vatican a peur… Voilà la recette parfaite pour produire un best-seller et fabriquer une rumeur virale sur internet!

Poussant l’audace un cran plus loin, un site web affirme que les photos sur leur site ont été hackées. Ah!! Certainement l’oeuvre de l’Opus Dei qui a peur de cette «bombe» médiatique! L’article est donc remis en ligne! Le public doit savoir!!

Du bon théâtre en tout cas!

La prochaine fois qu’ils se font hacker pour ça, ils pourront se consoler en se disant que des photos de ce manuscrit circulent à grande échelle sur internet. Par ailleurs, faut-il qu’un hackeur ait du temps à perdre pour hacker un site web pour si peu…

 

Ce que les médias en disent.

Il s’agirait d’un manuscrit ancien, vieux de 1500 ans et serait écrit en araméen. Certains médias en profitent alors pour préciser que l’araméen était la langue parlée par Jésus!

Quoi d’autre? Le manuscrit contient…? Quoi au juste? Les médias sont confus. Certains parlent d’une vieille bible, d’autres mentionnent un évangile perdu de Barnabas qui aurait été retiré de la Bible… mais quand? Encore là, confusion. Certains médias affirment que c’est lors de la promulgation de l’Édit de Milan, d’autres précisent que c’est lors du Concile de Nicée et, bien entendu, l’empereur Constantin aurait eu son mot à dire dans l’entreprise de censure de cet évangile perdu et désormais retrouvé! Le vieux livre contiendrait ainsi une version différente de la vie de Jésus. Notamment, il n’aurait pas été crucifié! C’est plutôt Judas qui aurait été crucifié à sa place. L’apôtre Paul serait désigné dans ce livre sous le surnom d’ «imposteur». Mais plus troublant encore, Jésus annoncerait la venue de Mahomet, le prophète de l’Islam! Tout pour faire trembler les plus hautes sphères du Vatican et ébranler la foi des fidèles!

Enfin, le livre vaut cher! Entre 3 et 4 millions de dollars américains, selon certains médias alors que d’autres nous parlent de rien de moins que 28 millions de dollars!

Des faits

La soi-disante nouvelle au sujet de ce manuscrit n’a rien d’une nouvelle. C’est quelque chose qui circule depuis plusieurs années et qui revient périodiquement dans l’actualité pendant la période de Pâques. Ce sont surtout, à quelques exceptions près, des médias de pays musulmans qui en parlent (cherchez sur google, vous verrez). Le site web Le monde des religions est une de ces exceptions. Il en avait en effet fait une nouvelle (vous pouvez lire ça ici). Ça peut surprendre, puisque ce site web est considéré comme étant sérieux et impartial par le public en général. Il arrive sans doute que des pigistes rédigent leurs articles et que l’éditeur publie sans se poser de questions. Mais ça, c’est une autre histoire…

Le manuscrit n’est pas si ancien.

D’une part, il n’est pas en araméen palestinien qui est la langue parlée à l’époque de Jésus, mais plutôt en syriaque. Certains médias donnent cette précision, mais pas tous. Certains médias insistent vivement sur le fait qu’il est écrit «dans la langue de Jésus» (Le monde des religions, justement ne précise pas qu’il s’agit du syriaque…) Le syriaque est un dialecte araméen, mais un dialecte plutôt originaire d’Édesse en Syrie (aujourd’hui située en Turquie, près de la frontière syrienne moderne). Autre signe de modernité, Il ne s’agit pas de la graphie classique du syriaque que l’on nomme estrangelo, mais d’une graphie plutôt moderne dite chaldéenne (ou graphie syriaque de l’est, ou nestorienne). J’avoue ici que le grand public ne peut que difficilement faire la différence et voilà pourquoi on fait confiance, à-priori, à ce que les sites de nouvelles en disent. Mais le détail le plus important qui vient clore le débat est ce que dit l’inscription que l’on peut voir sur certaines photos en ligne du manuscrit. Voici une de ces photos (si vous cherchez sur le web, vous verrez que des photos de cette page, il y en a beaucoup et sous plusieurs angles).

syriaque2

 

Il se trouve que le syriaque est une langue que je lis assez bien. Je l’ai apprise il y a plusieurs années à l’Université Laval. On lit donc ceci (j’utilise la police de caractères syriaques unicode Estrangelo Antioch, bien que le manuscrit soit écrit en caractères dit chaldéens – si vous ne voyez pas les caractères syriaques, cliquez ici) : Le manuscrit à été produit  à Ninive (= en syriaqueܒܢܝܢܘܐ). La suite est encore plus intéressante :

en l’année 1500 de notre Seigneur (= en syriaque ܐܠܦ ܘܚܡܫܡܐ ܕܡܪܢ)

Le manuscrit a donc été produit en 1500 de notre ère et non pas «il y a 1500 ans» comme le disent les médias… Une faute de lecture ou une malhonnêteté bien dirigée?

Affaire réglé pour ce qui est de l’âge du manuscrit 🙂

 

Lisez la suite, il est question du contenu du manuscrit!

 

En marge du Graduate Enoch Seminar Montréal 2014

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Juin 062014
 

 

Enoch_Lithograph

 

Billet écrit en marge du Graduate Enoch Seminar 2014 qui s’est tenu à Montréal du 20 au 23 mai aux universités McGill et Concordia. Je tiens à remercier les professeurs Lorenzo DiTommaso, Concordia University Montreal and Gerbern S. Oegema, McGill University, ainsi que Isaac W. Oliver, Bradley University de m’avoir invité. J’ai eu l’honneur d’animer le dernier atelier qui a clôturé le congrès!

Vous trouverez ici la liste des participants et un résumé des textes présentés et discutés en ateliers. Dans la mesure où vous pouvez lire les résumés en ligne, je ne commenterai pas chacun des ateliers.

Photo de groupe Enoch Graduate Seminar 2014 Montréal

Photo de groupe
Enoch Graduate Seminar 2014
Montréal

 

Se sont ajoutés à ces présentations en atelier quelques grandes conférences :

– James H. Charlesworth (Princeton Theological Seminary): “The Old Testament Pseudepigrapha – Thirty Years Later” qui a dressé le bilan des progrès des études sur les apocryphes (ou pseudépigraphes) juifs depuis la parution originale de son volume consacré à cette littérature. Il a encouragé les chercheurs à explorer cette littérature si importante pour le judaïsme de la période du Second Temple et pour les origines et le développement du christianisme.

Pour vous procurer les livres du professeur Charlesworth sur amazon : The Old Testament Pseudepigrapha: Apocalyptic Literature and Testaments

– Pierluigi Piovanelli (Université d’Ottawa): “Jewish or Christian? Early or Late? The Challenge of Dealing with Christian Apocryphal Literature Today.” Voici sa conclusion :

In conclusion, if you wish to engage with Jewish and/or Christian apocryphal literature,

Always start with the manuscripts (codicology, paleography, textual criticism, philology).

Read your text synchronically, as a story (narrative and/or rhetorical approaches).

Explore the intertextual world of your text.

Identify the socio-historical context of your text.

Be aware of the work and the presuppositions of previous scholarship (especially of positivist and maximalist tendencies).

Be aware of your own presuppositions.

Be neither maximalist nor minimalist.

BUT DO YOUR BEST TO BE HOLISTIC!

 

Enoch Seminar 2014 Montréal Aperçu des participants pendant l'exposé du professeur Pierluigi Piovanelli

Enoch Seminar 2014
Montréal
Aperçu des participants pendant l’exposé du professeur Pierluigi Piovanelli

 

– Loren T. Stuckenbruck (Ludwig-Maximilians-Universität München): “Tributaries to the New Text-Critical Edition of 1 Enoch.” Le professeur Stuckenbruck nous a présenté un exposé fascinant sur les manuscrits du livre d’Enoch qui sont conservés dans des monastères en Éthiopie. Le tout illustré de photos qu’il a prises lui-même.

– Albert I. Baumgarten (Bar Ilan University) et James H. Charlesworth (Princeton Theological Seminary): “Academic Life after the Ph.D.”. Ces deux éminents professeurs ont prodigué quelques conseils sur comment mener une carrière de chercheur qui soit à la fois fructueuse et enrichissante. Ils se sont même permis quelques confidences!

– Gabriele Boccaccini (University of Michigan and Founder of the Enoch Seminar): “Five Centuries of Enochic Studies, from Florence 1486 to Montreal 2014.” L’étude du livre d’Enoch est intimement liée à l’histoire de l’ésotérisme occidental. Que dire de plus…? 😉

– André Gagné (Concordia University/ Université Concordia): “What is Gnosticism? Reassessing the Nomenclature.” Le professeur Gagné a présenté un état de la question très engagé et complet sur l’état de la question de l’étude du gnosticisme et des nombreuses définitions et classifications proposées dans les milieux académiques depuis la découverte des textes de Nag Hammadi. La question se pose : Est-ce que nous lisons les textes ou bien si le débat est polarisé autour de la question de l’attribution des textes aux écoles séthiennes, ophites ou valentiniennes? Lisons-nous ces textes en tenant compte du contexte dans lequel ils ont été composé ou simplement à partir des tentatives de classifications modernes et des typologies d’écoles?

 

Le personnage d’Enoch (ou Hénoc) vous intéresse? Les fondateurs et quelques membres du Enoch Seminar ont mis sur pieds une encyclopédie virtuelle et gratuite!  Consultez-là et découvrez à quel point elle constitue une véritable mine d’or : 4 Enoch: The Online Encyclopedia of Second Temple Judaism

 

** source de l’image : William Blake, חניך/(”Enoch”), 1806-1807

Le papyrus soi-disant de l’épouse de Jésus. Mise à jour

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Avr 242014
 

À propos de ce dont j’ai parlé il y a quelques jours : Le papyrus soi-disant de la “femme de Jésus” – Quelques questions…

Voici quelques nouvelles (et articles de spécialistes en plus de ceux qui sont mentionnés dans les autres billets consacrés à ce papyrus). Vous trouverez les liens à la fin de ce billet-ci, en bas de la page. C’est surtout en anglais, je vais en ajouter sur ce même billet de temps à autre. Pour ce qui est des médias, il est clair que la majorité des journalistes et pigistes n’ont lu que le communiqué de presse envoyé par l’Université Harvard et n’ont pas lu les articles scientifiques (le lien est sur mon billet précédent) pourtant publiés aussi par Harvard… Or, il y a une discordance entre la dépêche de presse et les articles!

On constate aussi du côté des théologiens, théologiennes et historiens, historiennes des religions qu’il y a ceux et celles qui y tiennent coûte que coûte (du genre, c’est authentique parce que ça cadre avec mon agenda personnel), il y a les sceptiques coûte que coûte (du genre c’est un faux parce que ça ne cadre pas avec mon agenda personnel) et ceux et celles qui discutent sérieusement (au sein desquels certains y croient, d’autres sont convaincus qu’il s’agit d’un faux et d’autres suspendent leur jugement en attendant la suite).

Je conçois que le grand public s’y perd complètement.

Pour ma part, je suis encore extrêmement sceptique, non pas parce que ça « m’ébranle ». N’oublions pas que je suis l’auteur d’un mémoire de M.A. sur le motif de l’Esprit saint comme mère de Jésus et sur la masculoféminité du Logos (androgynie dans mon mémoire). N’oublions pas que je suis l’auteur d’un article sur la masculoféminité d’Adam. N’oublions pas que j’ai des articles sous presse sur le motif de l’époux et de l’épouse dans le Nouveau Testament, sur la masculoféminité du Christ dans la littérature chrétienne ancienne. Ce sujet m’intéresse au plus haut point (voir aussi ce que je dis dans mes autres billets consacrés à ce papyrus). Mais c’est justement parce que je m’y intéresse que je suis méfiant. Je ne veux pas que le débat et la recherche soient pollués par des trafiquants d’art, des faussaires et des chercheurs sans scrupules qui ne veulent que pousser leur agenda personnel…

Si le papyrus s’avérait authentique, je le placerais bien plus du côté du symbolisme nuptial inspiré du Cantique des cantiques, comme on le lit dans l’Apocalypse de Jean, plutôt que du statu matrimonial de Jésus.

 

Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus.
Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
comme une épouse qui s’est parée pour son époux. (Apocalypse de Jean 21. 1-2)

Alors l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint m’adresser la parole et me dit :
Viens, je te montrerai la fiancée, l’épouse de l’agneau. (Apocalypse de Jean 21. 9)

L’Esprit et l’épouse disent : Viens !
Que celui qui entend dise : Viens !
Que celui qui a soif vienne,
Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement. (Apocalypse de Jean 22. 17)

 

Larry Hurtado, «“Jesus’ Wife” Articles in HTR: Initial Thoughts».

Larry Hurtado, «“Jesus’ Wife Fragment”: Further Observations».

Francis Watson, «Jesus’ Wife Attempts a Comeback: Initial Response».

Leo Depuydt, «The Papyrus Fragment and the Crocodile: When Discerning a Blunder is Itself a…» (avec les réserves de Jim Davila concernant le ton moqueur de cet article).

Celui-ci date de 2012, il m’avait échappé. Arguments paléographiques et linguistiques. : Georgeos Diaz-Montexano, «Mary, Jesus’ Wife. A IV Century Coptic Papyrus. True or False?».

Dans Le monde des religions, une entrevue avec Jean-Daniel Dubois : «Jésus avait-il une femme? Le papyrus reste muet».

Enfin, dans Live Science, une enquête qui ouvre une porte du côté plus nébuleux de la théorie du complot et de l’identité du soi-disant premier acquéreur du papyrus… : «Gospel of Jesus’s Wife : Doubts Raised about Ancient Text». (Mark Goodacre,  «More Doubts Surface on the Jesus Wife Fragment» et Christian Askeland commentent et corrigent quelques données de cet article : «Hans-Ulrich Laukamp and the GJW»)

Certaines choses se précisent…

 

 

Une recension du livre “En marge du canon”

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Avr 212014
 

Vient de paraître une belle recension du volume En marge du canon. Études sur les écrits apocryphes juifs et chrétiens, paru en 2012 aux Éditions du Cerf sous la direction de mon ami André Gagné et notre collègue Jean-François Racine et dans lequel j’ai une contribution. J’avais déjà annoncé ce volume ailleurs sur mon blog.

La recension est signée par le chercheur belge Boris Paschke qui souligne que les contributions contenues dans ce recueil «offrent des points de vu très instructifs» et qu’Il constitue une «contribution très importante, et un guide compétent pour ceux qui souhaitent explorer le “continent apocryphe”».

Ma contribution à ce recueil est intitulée «L’Évangile de Judas cinq and après sa (re)découverte: Mise à jour et perspectives». (j’ai ai parlé ailleurs sur mon blog, ici et ici). Vous pouvez la lire en ligne ici. Le Dr. Paschke la recense de manière très élogieuse. Je vous laisse découvrir ça! Vous pouvez lire la recension sur un site associé à la Society of Biblical Literature : Review of Biblical Literature (vous pouvez aussi télécharger directement le PDF ici).

Avr 132014
 

(Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

 

Depuis vendredi, les médias et la blogosphère s’emballent de nouveau… une semaine avant Pâques! C’est en effet devenu une tradition que de lancer une controverse pendant le carême! Pensons au faux tombeau familial de Jésus, pensons aux faux rouleaux de métal, pensons au manuscrit en syriaque daté du Moyen âge, mais présenté comme plus ancien que les évangiles canoniques et j’en passe. Cette fois-ci, c’est une vieille histoire qui revient dans les médias. J’en avais parlé en septembre 2012 (avec des mises à jour jusqu’au 14 novembre 2013).

Si vous lisez l’anglais, vous avez le dossier scientifique ici, tel qu’il est paru dans le Harvard Theological Review. En cliquant sur l’onglet «Latest issue» les articles s’affichent et vous pouvez les ouvrir et les télécharger en format PDF – en principe, le dernier numéro s’affiche automatiquement.

J’attire votre attention sur les deux articles intitulés : « Accelerated Mass Spectrometry Radiocarbon Determination of Papyrus Samples »

Lisez-les et notez ceci :

Le labo de Harvard date le papyrus entre les années 659 à 869 de notre ère. Le labo de l’Arizona date le papyrus entre les années 405 à 209 AVANT notre ère, ce qui est un non sens!

Les médias ne vous le disent pas et Karen King – la prof de Harvard qui est derrière tout ça – passe bien vite sur la question…

Je note souvent – et je le dis souvent – que la datation au carbone 14 n’est pas une méthode précise, que des facteurs comme la contamination des échantillons – ou du matériel – peuvent jouer des tours. Nous en avons donc encore une fois une illustration!

Mais encore, on a prélevé des miettes de papyrus qui ne comportaient pas de trace d’encre afin de procéder à la datation au carbone 14. L’encre n’a donc pas été datée. L’encre n’a été qu’analysée chimiquement et spectroscopiquement.

D’autre part – et ça c’est une bourde monumentale de la part des médias, le manuscrit de l’Évangile de Jean qui est daté dans les deux articles intitulés « Accelerated Mass Spectrometry Radiocarbon Determination of Papyrus Samples » n’est pas l’original, mais une copie, un exemplaire qui a été daté à titre comparatif. Que d’affirmer que le fragment de papyrus est contemporain de l’époque de la rédaction de l’Évangile de Jean relève du contresens le plus grossier! Et c’est que ce rapportent de nombreux médias! (** Addendum en date du 24 avril, il y a désormais des suspicions autour de ce papyrus de l’Évangile de Jean. Détails ici)

Les médias ne disent pas bien fort non plus que la majorité des spécialistes de l’Antiquité tardive, des papyrologues et des coptologues (des spécialistes de la langue copte) sont d’avis qu’il s’agit d’un faux.  (Je vous donne à la fin de ce billet quelques liens d’articles écrits par des vrais spécialistes).

Il est en effet aisé de fabriquer de telles choses à partir d’un bout de papyrus ancien et vierge acheté sur le marché noir (ça se trouve facilement). Plusieurs ont noté que des bouts de phrase de l’édition PDF en ligne de l’Évangile de Thomas (sur le site web de Michael Grondin) qui comporte des fautes qui sont uniques à ce PDF, se retrouvent reproduites dans le papyrus. Ça, c’est un argument de taille qui est minimisé par Karen King. Un argument technique qui est difficile à évaluer de la part du grand public, mais qu’un spécialiste du copte voit très bien. Notons donc ceci : Certains médias affirment n’importe quoi, notamment le Figaro (Mis à jour Publié ) qui écrit que la structure grammaticale permet «de dater l’origine du document entre le VIe et le IXe siècle.» C’est faux!! La structure grammaticale indique au contraire qu’il y a quelque chose qui cloche! (** Note du 14 avril 2014 : Je reçois des questions à ce sujet, si vous lisez l’anglais, lisez ça sur le blog de Alin Suciu; puis ces deux articles de Andrew Bernhard 1; Andrew Bernhard 2 – ces articles comportent des citations en copte)

Autre faux détail mentionné dans le Figaro : «Aucun évangile ne mentionne le fait que Jésus ait été marié ou ait eu des disciples féminines» C’est faux! Les évangiles canoniques mentionnent ceci :

Or, par la suite, Jésus faisait route à travers villes et villages ; il proclamait et annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu. Les Douze étaient avec lui, et aussi des femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens. (Évangile selon Luc 8. 1-3)

Jésus lui dit : « Marie. » Elle se retourna et lui dit en hébreu : « Rabbouni » – ce qui signifie maître. Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. » (Évangile selon Jean 20. 16-18)

Comme ils étaient en route, il entra dans un village et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe s’affairait à un service compliqué. Elle survint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » (Évangile selon Luc 10. 38-42)

La journaliste du Figaro nous laisse une impression floue… Comme si elle n’aurait fait que reproduire ce qui se colporte et se grapille sur le web. A-t-elle lu le dossier scientifique et s’est-elle documentée? Ça manque de sérieux…

Mais encore plus tendancieux de la part des médias, c’est que Karen King elle-même dit dans la conclusion de son long article, celui qui est intitulé : « “Jesus said to them, ‘My Wife…’” : A New Coptic Papyrus Fragment » (à la page 158 ) : 

«The most historically reliable early Christian literature is silent about Jesus’s marital status, and the GJW fragment does not change that situation. It is not evidence that Jesus was married».

(GJW fragment = le bout de papyrus en question)

Traduction :

«La littérature chrétienne primitive la plus historiquement fiable est silencieuse sur l’état matrimonial de Jésus, et le fragment GJW ne change rien à cette situation. Il ne prouve pas que Jésus était marié ».

Karen King pense même désormais que le fragment, s’il est authentique, aurait pu subir l’influence d’un milieux islamique. On est donc assez loin d’un texte contemporain de l’Évangile de Jean qui parle de la conjointe de Jésus! À la page 159, elle écrit :

«In January 2014, I concluded this article by stating it would not be the last word on the subject. And now in early March, I received news of the results of the second radiocarbon testing of the material artifact of GJW that gives it a mean date of 741 c.e. This date suggests a new line of inquiry into the context of the fragment’s circulation in Egypt of the Islamic period, given the Qur’an’s designation of Jesus as “Son of Mary” and its view that prophets (among whom Jesus is numbered) were usually married, although the Qur’an does not state specifically that Jesus was married.»

Traduction :

« En Janvier 2014, je concluais cet article en déclarant qu’il ne constituerait pas le dernier mot sur ce sujet. Et maintenant, début Mars, j’ai reçu des nouvelles des résultats du deuxième test au radiocarbone de l’artefact matériel de GJW qui lui attribue une date moyenne de 741 de notre ère. Cette date indique une nouvelle piste de recherche (a new line of inquiry) sur le contexte de la circulation du fragment en Égypte pendant la période islamique, compte tenu de la désignation de Jésus dans le Coran comme « Fils de Marie » et son point de vue à l’effet que les prophètes (parmi lesquels Jésus est compté – selon l’Islam) étaient généralement mariés, bien que le Coran ne précise pas que Jésus était marié. »

Les médias qui parlent d’un papyrus contemporains de l’Évangile de Jean disent vraiment n’importe quoi… En aucun moment Karen King n’a suggéré une telle conclusion. Ce manque de rigueur est injustifiable et inacceptable, mais ne me surprend guère.

Je me permets aussi de me vous renvoyer à ce que je disais le 18 sept. 2012 : L’idée d’une épouse du Christ est documentable dans la littérature chrétienne ancienne. Il ne s’agit pas d’un mariage dans le monde matériel, mais d’une symbolique nuptiale inspirée du Cantique des cantique. C’est la même thématique qui est sous entendue dans l’Apocalypse de Jean. Je cite :

Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus.
Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
comme une épouse qui s’est parée pour son époux. (Apocalypse de Jean 21. 1-2)

Alors l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint m’adresser la parole et me dit :
Viens, je te montrerai la fiancée, l’épouse de l’agneau. (Apocalypse de Jean 21. 9)

L’Esprit et l’épouse disent : Viens !
Que celui qui entend dise : Viens !
Que celui qui a soif vienne,
Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement. (Apocalypse de Jean 22. 17)

 

Ce qui m’amène à poser la question sous un angle sociologique, plutôt qu’historique (ou chimique!). Pourquoi les médias ne s’intéressent-ils qu’à ce qui est subversif? Pourquoi les médias inventent-ils autant? Pourquoi certains journalistes sont-ils satisfaits lorsqu’ils publient des brouillons? Où sont nos véritables journalistes d’enquête? Pourquoi les médias ont-ils occulté certains détails importants des résultats de la datation au carbone 14? Pourquoi avoir autant ergoté en disant que le papyrus est contemporain de l’Évangile selon Jean, ou en affirmant que les évangiles canoniques ne parlent pas de femmes disciples ou en exagérant le tout en affirmant, au-delà des conclusions de Karen King, que nous avons désormais la preuve que Jésus était marié? Pourquoi un Jésus marié est-il si important pour notre époque? Pourquoi la période précédant Pâques est-elle si propice à ce genre de publications et à un certain manque de discernement et d’esprit critique? À chaque mois il se découvre pourtant des manuscrits bibliques anciens (pensons aux papyrus d’Oxyrhynque), il se découvre des manuscrits d’oeuvres classiques (tels Homère, Platon et d’autres) et c’est en général publié dans des revues académiques, mais dans l’indifférence totale de la part des médias. Je vous invite à lire à ce sujet la lettre ouverte de Brice C. Jones (le lien est au bas de la page).

J’ajoute aussi, en terminant, que nous déplorons régulièrement la montée d’une certaine pensée dite “conspirationiste” alors que certains voient des complots partout et s’imaginent que les médias sont complices d’une machination destinée à tromper les honnêtes gens. À lire le Figaro et d’autres médias et leur manière de traiter cette nouvelle, ça me laisse perplexe, ça me dit que certains médias s’amusent avec le public (en sont-ils conscients?) et nous prennent pour des gourdes. Un peu de rigueur SVP… Du respect aussi pour vos lecteurs.

 

D’ici quelques jours, probablement pendant le congé de Pâques, je reviens sur ce sujet avec d’autres réflexions. (Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

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Christian Askeland (spécialiste des évangiles coptes) : Jesus’s Wife Resurrected from the Dead.

Candida Moss (Notre-Dame University) : The “Gospel of Jesus Wife” is Still as Big as Mystery as Ever.

Brice C. Jones (Concordia University) : The Gospel of Jesus’ Wife : An Open Letter to Historians.

(Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

Une charge de cours à l’Université St-Paul

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Fév 142014
 

Je vais enseigner le cours THO 3567 – “Histoire de l’Église: Les cinq premiers siècles” à l’Université St-Paul (Ottawa) en septembre 2014.

La case horaire sera le vendredi de 9h à 12.

Détails à venir.

Faites circuler!

Avr 152013
 

André Gagné (Université Concordia) recense le livre de Marie Françoise BaslezComment notre monde est devenu chrétien.

De nombreux lieux communs sont sérieusement remis en question. Je cite :

« MFB remet donc en cause l’opinion selon laquelle c’est la conversion de Constantin qui donna au christianisme sa place dans l’Empire. La conversion de l’empereur fut progressive et s’acheva par son baptême sur son lit de mort en 337. Ce n’est qu’à partir de 320 que Constantin semble contribuer à l’établissement et à la visibilité du christianisme dans la société. Même après sa conversion, l’empereur agit avec cruauté lorsqu’il fait massacrer une partie de sa famille en 326 et traite ses ennemis avec barbarie. À la différence de Paul Veyne, MFB n’est pas d’avis que Constantin était devenu pleinement chrétien en 312. Lors du concile de Nicée (325), l’empereur ne permet pas la dissidence. Son choix entre les différents partis n’est pas motivé par des raisons théologiques, mais par la volonté de se rallier à la majorité. Les décideurs de l’orthodoxie doivent provenir de Rome. »

« Ce livre indispensable est bienvenu à l’heure des romans à succès et ouvrages grand public sur les prétendues origines mystérieuses et cachées du christianisme ancien. »

« Selon Marie-Françoise Baslez, que nous approuvons, la christianisation de l’Empire s’est faite avant Constantin, sans lui et après lui. Le christianisme a poursuivi son parcours après la chute de Rome et a même réussi à gagner les Barbares. »

Références complètes :

Marie-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, Tours, Éditions CLD, 2008.

André Gagné, in Revue de l’histoire des religions (2013), p. 128-131

Plus ça change…

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Mar 142013
 

ALMA s’apprête à révéler les secrets du cosmos

«Nous, nous formons partie de l’univers et nous aimerions en savoir plus sur nous-mêmes: savoir d’où nous venons, quel a été le commencement, pourquoi nous sommes ici, comment  s’est formée la Terre et la vie et vers où nous allons»,  conclut Massimo Tarenghi.

Ça ne vous rappelle pas quelque chose?

«Qui étions-nous? Que sommes-nous devenus? Où étions-nous? Où avons-nous été jetés? Vers où nous hâtons-nous? D’où sommes-nous rachetés? Qu’est-ce que la génération et la régénération?»

Extraits de Théodote 78 (IIe siècle), conservés par Clément d’Alexandrie (150-220)

Évangile de Judas : Traduction française en ligne

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Jan 062013
 

Pierre Cherix (Université de Genève) met en ligne sur son site COPTICA des ressources pour les coptisants.

Il nous offre aussi une traduction française, une édition du texte copte et une concordance de l’Évangile de Judas qui tient compte des nouveaux fragments (un PDF va s’ouvrir) : http://www.coptica.ch/Cherix-EvJudas.pdf.

Ma contribution parue en 2012 dans le volume En marge du canon aux Éditions du Cerf : “L’Évangile de Judas cinq ans après sa (re)découverte. Mise à jour et perspectives.”

Nous t’aimons Georges!

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Déc 122012
 

 

gleroux

 

 

 

 

 

 

Le professeur Georges Leroux nous apprend à dire «je t’aime» en grec ancien sur le site de Radio-Canada!

Que de beaux souvenir de séminaires suivis avec toi sur la République de Platon, sur Plotin et sur la conception de l’âme chez les grecs. Nous t’aimons Georges!

Nov 212012
 

Serge Cazelais

C’est officiel : Vos deux co-animateurs favoris, Normand Cazelais et Serge Cazelais reviennent à Radio Ville-Marie pour la saison d’hiver 2013. Nous produirons donc une deuxième saison de votre série “Aux premiers temps de la chrétienté”. Plutôt que de poursuivre dans le temps, nous reprenons tout du début, en analysant des auteurs et des textes en profondeur.

Normand Cazelais

Rappellons que la série est diffusée le mardi soir à 21h00 et en reprise le dimanche à 10h00.

Mais ce n’est pas tout, nous avons des discussions sérieuses, presque un accord de principe si j’ose dire, avec un éditeur pour produire un livre tiré de la série d’automne 2012…

C’est à suivre!