Sep 192016
 

Devrait bientôt être disponible, dans une librairie près de chez vous, l’ouvrage collectif suivant :

Questions controversées sur la Bible, Montréal: Novalis, 2016.

Disponible bientôt, en effet parce que j’ai reçu ce matin les épreuves finales et la rumeur circule comme quoi nous serons présents au Salon du livre de Montréal en novembre. On s’en reparle…

Les titres de mes trois contributions (il y en a 16 en tout) :

– Jésus était-il marié ?

– L’Église a-t-elle retiré des livres de la Bible ?

– Que s’est-il passé autour du tombeau de Jésus ?

Aussi à l’affiche dans ce livre, des contributions de Francis Daoust (SOCABI), Anne Létourneau (Temple University, Philadelphie), Hervé Tremblay (Collège universitaire dominicain d’Ottawa), une équipe dirigée par Sébastien Doane (InterBible et Université Laval).

 

Juin 202016
 

Jeudi dernier le 16 juin 2016, le journaliste Ariel Sabar publiait dans The Atlantic le résultat de son enquête au sujet de cet incroyable vaudeville que constitue la saga autour de ce faux papyrus nommé par la professeure Karen King de l’Université Harvard “The Gospel of Jesus Wife” (L’Évangile de la femme de Jésus).

Ma première réaction publiée sur facebook était :

«Le meilleur article de journalisme d’enquête qu’il m’ai été donné de lire depuis de nombreuses années! Ce journaliste confirme ce que les vrais spécialistes avaient déjà conclu dès les premiers moment de la publication de ce faux morceaux de papyrus qui a malheureusement été instrumentalisé par des chercheur(e)s plus motivé(e)s à promouvoir une idéologie à la “Da Vinci Code” que par la science historique.» (16 juin, 09:03)

Au menu : Fabrication de faux documents, délire mystique, de l’argent, de la pornographie et une tentative de soudoyer un journaliste… sans parler de l’agenda politico-religieux de certain(e)s chercheur(e)s et d’une université américaine parmi les plus prestigieuses qui est dans l’eau chaude parce qu’elle n’a pas fait ses devoirs…

Lisez l’article dans The Atlantic, puis lisez ce que j’en ai dit depuis les premiers jours en septembre 2012 (le billet le plus ancien est au bas de la page) et je reviens avec une réflexion cet automne.

Congrès ACÉBAC et Société canadienne de théologie 2016

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Avr 152016
 

L’Association catholique des études bibliques au Canada (ACÉBAC) et la Société canadienne de théologie tiendront leur congrès annuel 2016 à la Maison de la Madonne à Trois-Rivières du 5 au 7 mai sous la thématique Bible et théologie.

 

 

Je présenterai une communication en atelier intitulé :

«Lire Paul au quatrième siècle. Exégèse, philosophie et théologie chez Marius Victorinus» (jeudi, 19h30).

Le programme complet peut-être consulté ici.

On trouve des détails et les modalités d’inscription ici.

Avr 132016
 

 

Vous rêvez depuis longtemps d’apprendre à lire l’hébreu biblique? C’est un grand plaisir pour moi de vous inviter à suivre mes cours d’hébreu qui seront offerts à l’Université Saint-Paul à Ottawa pendant le semestre d’automne (septembre à décembre) 2016!

Les cours s’offriront en français et en anglais selon un horaire de deux séances d’une heure trente à chaque semaine; ainsi les cours en français s’offriront les lundi et mercredi soir de 17h30 à 19h, et les cours en anglais les mardi et jeudi soir de 17h30 à 19h. La grille horaire se trouve au bas de cette page.

Vous habitez dans une autre région? Vous aimeriez me suivre dans le confort de votre salon? Aucun problème! La formation s’offrira en classe et en ligne! Si vous venez en classe, vous pourrez même m’écouter en reprise! Vous aurez en effet accès à un portail de l’Université d’Ottawa (partenaire de l’Université Saint-Paul) qui vous permettra de suivre mes cours à l’écran, en direct ou en différé!
Vous n’avez ainsi besoin que d’une connexion à internet et le tour est joué!

Autre option, vous pouvez aussi choisir de suivre le cours comme simple étudiant libre, ou encore afin d’obtenir des crédits universitaires dans le cadre d’un diplôme de l’Université Saint-Paul, ou de l’Université d’Ottawa, ou qui pourraient vous être transférés, après entente préalable, à votre programme dans une autre université.

Notez bien qu’un nombre minimal d’inscriptions est exigé par l’Université Saint-Paul afin que les cours soient offerts. Ce nombre est fixé à 10. Ainsi, si vous voulez vous assurer que ça se tienne, je vous invite à vous inscrire le plus rapidement possible.

Si la demande le justifie, une suite sera offerte au semestre d’hiver 2017.

 

Renseignements, modalités, coûts, visitez la page du Bureau de l’admission de l’Université Saint-Paul

Ou encore laissez-moi un message en utilisant le formulaire au bas de cette page en indiquant clairement votre adresse courriel – mais je risque de vous référer au bureau de l’admission de l’Université Saint-Paul.

Au plaisir!

Serge

Automne 2016

Lundi Mardi Mercredi Vendredi Vendredi
17h30-19h00 THO 2590W

Introduction à l’hébreu biblique

THO 2190W

Introduction to Biblical Hebrew

THO 2590W

Introduction à l’hébreu biblique

THO 2190W

Introduction to Biblical Hebrew

Jan 102015
 

Peut-on rire de Dieu ?

Ah! La grande question!

Pourquoi pas, me dis-je, puisque ce qui est l’objet de ce rire n’est pas Dieu, mais une simple représentation. Mais il faut faire attention, il s’agit de ne pas blesser volontairement. C’est la réserve que je m’impose à moi-même.

Pourquoi ?

Ça demande un mot d’explication.

Celui qui a fait une expérience de foi, pour ne pas dire une expérience de Dieu et donc qui croit pour vrai que Dieu existe, regarde bien des choses avec détachement et discernement. Ça ne fait pas de lui un être parfait et désincarné, mais un être en mouvement, ouvert à l’émerveillement et accueillant pour l’autre :

Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », et qu’il haïsse son frère,
c’est un menteur.
En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit,
ne peut pas aimer Dieu, qu’il ne voit pas. (Première lettre de Jean 4. 20)

Quel rapport avec le fait de rire de Dieu ? C’est qu’on nous a appris que Dieu a conçu l’homme et la femme afin qu’ils (les deux ensemble) lui ressemblent (Genèse 1. 26-27).

Ainsi, que l’on caricature Dieu, celui qui a la foi, ça lui glisse sur le dos.

Pourquoi ?

Simplement que ce qui est représenté n’est pas Dieu et il le sait! Il le sait parce que s’il veut voir ce qu’est vraiment Dieu, il n’a qu’à regarder l’autre dans les yeux. C’est simple, trop simple peut-être et c’est pour ça que nous compliquons tout : C’est trop simple et l’être humain ne semble pas être assez sage pour apprécier ce qui n’est pas compliqué. Il s’invente alors des simulacres et il proclamera avec conviction que Dieu, c’est ça. En fait, bien des images d’êtres divins qui circulent dans la culture populaire sont de l’ordre de la parodie et n’ont rien à voir avec Dieu. Certains alors se diront que ça n’a aucun sens et n’y croiront pas et pour être franc, je les comprends.

Pour le dire en d’autres mots, en m’inspirant de Paul (dans la première aux Corinthiens, ch. 8), moi je sais que les représentations humoristiques et satyriques d’un dieu, n’importe laquelle, ne sont que ce qu’elles sont. Elles n’ont de pouvoir sur moi que celui que je leur accorde et je ne leur en accorde aucun autre que celui de faire rire ceux et celles que ça amuse (bien qu’à certains, semble-t-il, ça fasse peur…) Ainsi, les dessins d’être divins et de prophètes, ça me laisse indifférent. Qu’on les représente alors gros, laids et mal rasés, ça ne change rien. Je ne juge pas, ni ne m’insurge contre celui qui les produit, ni contre celui que ça fait rire. Quand je deviens las de les voir, de les lire et de les entendre, je vais simplement ailleurs et je laisse entre eux ceux que ça amuse.

Mais vous savez quoi ? On m’a déjà trainé dans la boue, qualifié de sectaire et d’intolérant parce que j’avais laissé des railleurs entre eux! Ça me fait conclure la chose suivante : Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, il se trouvera quelqu’un à qui ça va déplaire. Mais ça, c’est une autre histoire.

Cela dit, si ma conscience s’élève au-dessus de la mêlée, ça ne me donne pas une licence pour choquer, insulter, provoquer et scandaliser l’autre qui n’a pas sa conscience là où est la mienne et qui n’a pas envie de rire. Je suis assez sage pour discerner et faire la part des choses.

 

 

 

Intégrisme et incroyance

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Jan 092015
 

J’ai un peu étudié (mais pas assez) la psychologie des intégristes et des fondamentalistes soi-disants religieux, surtout au moyen d’analyses de textes, d’analyses de discours et de conversations privées. Pourtant, un premier constat se dégage (et qui mériterait une étude de fond, avis aux collègues de bonnes volonté) : Qu’ils soient catholiques, évangéliques, musulmans ou autres, nombreux sont les intégristes et fondamentalistes qui ne semblent pas croire à ce qu’enseigne la religion à laquelle ils prétendent pourtant adhérer. Ils connaissent leurs livres saints de manière très approximative et sommaire, ils ne connaissent que peux ou pas du tout leur histoire religieuse et nombreux sont ceux qui professent un individualisme radical au détriment de l’aspect communautaire. Voilà pourquoi de nombreux croyants ne comprennent pas pourquoi on leur demande de se désolidariser des terroristes. En effet, pourquoi se désolidariser de quelqu’un avec qui ils n’ont aucun rapport, ni de près, ni de loin ? Solidaire avec ses frères et ses soeurs d’humanité, ça oui ! Mais serais-je responsable de l’autre qui se déchaîne ? À ce titre, les montréalais sont-ils tenus de s’excuser pour les gestes posés par l’assassin de Lin Jun ? Dira-t-on que les montréalais sont tous des «cons», «stupides» et des «assassins en puissance» ? C’est pourtant ce qu’on lit, sans nuances et sans modération, sur les réseaux sociaux. On lit en effet ce genre de bêtises au sujet des croyants de toutes les religions. Certains brandissent même des titres académiques et se réclament de la liberté d’expression pour énoncer ces nouvelles règles absolues.

À croire que les héritiers du dogmatisme et de l’obscurantisme ne seraient pas nécessairement des sujets des “religions du livre” et des fils d’Abraham…

Tout ça pour dire que je découvre ce matin ces lignes qui sont l’oeuvre de Charb :

«La vérité, c’est que le fidèle qui rêve de nous découper en rondelles ne croit pas aux textes sacrés. Il ne croit pas à l’enfer, il ne croit pas à la punition divine, il ne croit pas à l’éternité. Bref, il ne croit pas. S’il était sûr de lui, le fou de Dieu laisserait faire le temps et, le moment venu, il nous montrerait du doigt en se foutant de notre gueule.»

Lisez l’intégral ici sur le site web du Devoir.

Juil 022014
 

Si vous arrivez sur cette page par hasard, allez lire le début ici : Un manuscrit vieux de 1500 ans ferait trembler le Vatican? Rumeurs et faits.

Nous avons montré dans l’article précédent que le manuscrit n’est pas écrit dans la langue de Jésus qui était l’araméen palestinien. Le manuscrit est écrit en syriaque, un dialecte de l’araméen qui s’est développé plutôt au nord-est de la Palestine, dans la région d’Édesse, dans la Syrie antique (aujourd’hui situé en Turquie, près de la frontière avec la Syrie moderne).

Nous savons aussi que ce manuscrit n’est pas si ancien que ça. Le colophon dit en effet que le manuscrit a été copié en l’année 1500 de notre ère.

Mais qu’en est-il de son contenu présumé? Certains médias rapportent la nouvelle et disent que le Vatican tremble face à la possibilité que ce manuscrit soit rendu public! Il contiendrait en effet l’Évangile de Barnabé (ou Barnabas)…

Les faits sont pourtant tout autres! En effet, à la lumière des photos mises en ligne, on constate bien autre chose. Le syriaque est une langue que je lis, je l’ai apprise à l’Université Laval il y a plusieurs années. Même si la résolution des photos mises en ligne n’est pas très bonne, nous en avons sous plusieurs angles et on peu les agrandir un peu. J’arrive donc à lire ceci grâce aux photos (et je vous reproduis ça avec mes nouveaux très beaux caractères que je n’avais pas il y a quelques jours et que je viens d’installer (police unicode  “East Syriac Adiabene” – si vous ne voyez pas les caractères syriaques, cliquez ici) :


syriac2aܒܫܡ ܐܒܐ ܒܪܐ ܘܪܘܚܐ

ܕܩܘܕܫܐ ❊ ܘܐܠܦܘ ܐܢܘܢ

ܕܢܛܪܘܢ ܟܠ ܡܐ ܕܦܩܕܬܟܘܢ

ܘܗܐ ܐܢܐ ܥܡܟܘܢ ܐܢܐ ܟܠܗܘܢ

ܝܘܡܬܐ ܥܕܡܐ ܠܫܘܠܡܗ

ܕܥܠܡܐ

ܐܡܝܢ

Traduction :

« dans le nom du Père, Fils et Esprit saint.  Et enseignez leur de garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici, moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Amen.» ETNOGRAFYA MUZESI'NE TESLIM EDILEN EL YAZMASI INCIL

syriac2b

 

Alors, c’est quoi ce texte? Est-ce un extrait de l’Évangile de Barnabé ou est-ce autre chose?

La réponse est sans équivoque : Il s’agit des derniers mots de l’Évangile canonique de Matthieu, chapitre 28, versets 19 (fin) et verset 20 (celui qui est inclus dans le Nouveau Testament standard – disons-le comme ça). C’est la version syriaque courante (à une petite variante près, si ma lecture est bonne – il manque en effet une conjonction de coordination entre les noms Père et Fils). C’est la version utilisée encore à ce jour dans la liturgie des églises syriaques qu’on appelle Peschitta. Un texte très standard donc et pas du tout “top secret” et encore moins susceptible de faire peur à qui que ce soit! J’en ai même un exemplaire dans ma bibliothèque personnelle!

Bon, ça demande quand même un brin d’explication parce que je suis au courant que certains livres populaires prétendent que la Peschitta était quelque chose de caché et de plus spirituel que le Nouveau Testament. En fait, la Peschitta des évangiles est une version syriaque produite au 5e siècle de notre ère à partir de la version grecque. Auparavant, les églises de langue syriaque utilisaient couramment une oeuvre intitulée Diatessaron qui constitue une édition en un seul livre des quatre évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean. En d’autres mots, l’auteur du Diatessaron, un certain Tatien avait produit au deuxième siècle de notre ère une synthèse des 4 évangiles afin d’en faire un seul récit. De nombreuses églises de l’Antiquité avaient adopté le Diatessaron et le lisaient pendant la liturgie. De plus, deux autres traductions en syriaque plus anciennes avaient été produites au deuxième siècle, mais leur diffusion fut, semble-t-il, assez limitées. Afin donc de pallier à un manque et afin de posséder l’intégralité des quatre évangiles, plutôt qu’une synthèse, une nouvelle traduction fut produite afin qu’elle puisse être utilisée dans la liturgie des églises syriaques.

Conclusion au sujet du manuscrit qui ferait peur au Vatican: À la lumière des photos qui sont disponibles sur internet, il s’agit d’un exemplaire de l’Évangile selon Matthieu dans une traduction syriaque qu’on appelle la Peschitta, une version standard en usage jusqu’à ce jour dans les églises syriaques. Et nous avons vu dans l’article précédant que la copie aurait été réalisée en l’année 1500 de notre ère.

J’ai peine à croire qu’aucun média n’a eu la curiosité de vérifier ça. C’est tellement facile à vérifier en plus…

Pourquoi alors parler d’un exemplaire de l’Évangile de Barnabé? Et c’est quoi au juste cet évangile de Barnabé qui ferait trembler le Vatican? Pour le dire vite, cet évangile n’a rien de bien bien secret, et je serais étonné que le Vatican puisse trembler à la seule pensée qu’il pourrait être rendu public puisque j’en ai un exemplaire (une édition moderne publiée aux éditions Beauchesne en 1977) dans ma bibliothèque personnelle!! Il s’agit simplement d’un document rédigé dans des milieux musulmans qui n’est pas très anciens. Un exemplaire en langue italienne est préservé à Vienne. Celui-ci a été produit au début du 18e siècle. Il existe aussi un exemplaire en langue espagnole produit au 19e siècle, conservé en Australie. Celui-ci serait la copie d’un autre manuscrit espagnol du 17e ou du 18e siècle.

Rien pour faire peur à qui que ce soit!

 

 

Un manuscrit vieux de 1500 ans ferait trembler le Vatican? Rumeurs et faits.

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Juin 282014
 

syriaque1

 

Un manuscrit ancien… trouvé chez des brigands… par la police turque… des secrets… cachés depuis 1500 ans… le Vatican a peur… Voilà la recette parfaite pour produire un best-seller et fabriquer une rumeur virale sur internet!

Poussant l’audace un cran plus loin, un site web affirme que les photos sur leur site ont été hackées. Ah!! Certainement l’oeuvre de l’Opus Dei qui a peur de cette «bombe» médiatique! L’article est donc remis en ligne! Le public doit savoir!!

Du bon théâtre en tout cas!

La prochaine fois qu’ils se font hacker pour ça, ils pourront se consoler en se disant que des photos de ce manuscrit circulent à grande échelle sur internet. Par ailleurs, faut-il qu’un hackeur ait du temps à perdre pour hacker un site web pour si peu…

 

Ce que les médias en disent.

Il s’agirait d’un manuscrit ancien, vieux de 1500 ans et serait écrit en araméen. Certains médias en profitent alors pour préciser que l’araméen était la langue parlée par Jésus!

Quoi d’autre? Le manuscrit contient…? Quoi au juste? Les médias sont confus. Certains parlent d’une vieille bible, d’autres mentionnent un évangile perdu de Barnabas qui aurait été retiré de la Bible… mais quand? Encore là, confusion. Certains médias affirment que c’est lors de la promulgation de l’Édit de Milan, d’autres précisent que c’est lors du Concile de Nicée et, bien entendu, l’empereur Constantin aurait eu son mot à dire dans l’entreprise de censure de cet évangile perdu et désormais retrouvé! Le vieux livre contiendrait ainsi une version différente de la vie de Jésus. Notamment, il n’aurait pas été crucifié! C’est plutôt Judas qui aurait été crucifié à sa place. L’apôtre Paul serait désigné dans ce livre sous le surnom d’ «imposteur». Mais plus troublant encore, Jésus annoncerait la venue de Mahomet, le prophète de l’Islam! Tout pour faire trembler les plus hautes sphères du Vatican et ébranler la foi des fidèles!

Enfin, le livre vaut cher! Entre 3 et 4 millions de dollars américains, selon certains médias alors que d’autres nous parlent de rien de moins que 28 millions de dollars!

Des faits

La soi-disante nouvelle au sujet de ce manuscrit n’a rien d’une nouvelle. C’est quelque chose qui circule depuis plusieurs années et qui revient périodiquement dans l’actualité pendant la période de Pâques. Ce sont surtout, à quelques exceptions près, des médias de pays musulmans qui en parlent (cherchez sur google, vous verrez). Le site web Le monde des religions est une de ces exceptions. Il en avait en effet fait une nouvelle (vous pouvez lire ça ici). Ça peut surprendre, puisque ce site web est considéré comme étant sérieux et impartial par le public en général. Il arrive sans doute que des pigistes rédigent leurs articles et que l’éditeur publie sans se poser de questions. Mais ça, c’est une autre histoire…

Le manuscrit n’est pas si ancien.

D’une part, il n’est pas en araméen palestinien qui est la langue parlée à l’époque de Jésus, mais plutôt en syriaque. Certains médias donnent cette précision, mais pas tous. Certains médias insistent vivement sur le fait qu’il est écrit «dans la langue de Jésus» (Le monde des religions, justement ne précise pas qu’il s’agit du syriaque…) Le syriaque est un dialecte araméen, mais un dialecte plutôt originaire d’Édesse en Syrie (aujourd’hui située en Turquie, près de la frontière syrienne moderne). Autre signe de modernité, Il ne s’agit pas de la graphie classique du syriaque que l’on nomme estrangelo, mais d’une graphie plutôt moderne dite chaldéenne (ou graphie syriaque de l’est, ou nestorienne). J’avoue ici que le grand public ne peut que difficilement faire la différence et voilà pourquoi on fait confiance, à-priori, à ce que les sites de nouvelles en disent. Mais le détail le plus important qui vient clore le débat est ce que dit l’inscription que l’on peut voir sur certaines photos en ligne du manuscrit. Voici une de ces photos (si vous cherchez sur le web, vous verrez que des photos de cette page, il y en a beaucoup et sous plusieurs angles).

syriaque2

 

Il se trouve que le syriaque est une langue que je lis assez bien. Je l’ai apprise il y a plusieurs années à l’Université Laval. On lit donc ceci (j’utilise la police de caractères syriaques unicode Estrangelo Antioch, bien que le manuscrit soit écrit en caractères dit chaldéens – si vous ne voyez pas les caractères syriaques, cliquez ici) : Le manuscrit à été produit  à Ninive (= en syriaqueܒܢܝܢܘܐ). La suite est encore plus intéressante :

en l’année 1500 de notre Seigneur (= en syriaque ܐܠܦ ܘܚܡܫܡܐ ܕܡܪܢ)

Le manuscrit a donc été produit en 1500 de notre ère et non pas «il y a 1500 ans» comme le disent les médias… Une faute de lecture ou une malhonnêteté bien dirigée?

Affaire réglé pour ce qui est de l’âge du manuscrit 🙂

 

Lisez la suite, il est question du contenu du manuscrit!

 

En marge du Graduate Enoch Seminar Montréal 2014

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Juin 062014
 

 

Enoch_Lithograph

 

Billet écrit en marge du Graduate Enoch Seminar 2014 qui s’est tenu à Montréal du 20 au 23 mai aux universités McGill et Concordia. Je tiens à remercier les professeurs Lorenzo DiTommaso, Concordia University Montreal and Gerbern S. Oegema, McGill University, ainsi que Isaac W. Oliver, Bradley University de m’avoir invité. J’ai eu l’honneur d’animer le dernier atelier qui a clôturé le congrès!

Vous trouverez ici la liste des participants et un résumé des textes présentés et discutés en ateliers. Dans la mesure où vous pouvez lire les résumés en ligne, je ne commenterai pas chacun des ateliers.

Photo de groupe Enoch Graduate Seminar 2014 Montréal

Photo de groupe
Enoch Graduate Seminar 2014
Montréal

 

Se sont ajoutés à ces présentations en atelier quelques grandes conférences :

– James H. Charlesworth (Princeton Theological Seminary): “The Old Testament Pseudepigrapha – Thirty Years Later” qui a dressé le bilan des progrès des études sur les apocryphes (ou pseudépigraphes) juifs depuis la parution originale de son volume consacré à cette littérature. Il a encouragé les chercheurs à explorer cette littérature si importante pour le judaïsme de la période du Second Temple et pour les origines et le développement du christianisme.

Pour vous procurer les livres du professeur Charlesworth sur amazon : The Old Testament Pseudepigrapha: Apocalyptic Literature and Testaments

– Pierluigi Piovanelli (Université d’Ottawa): “Jewish or Christian? Early or Late? The Challenge of Dealing with Christian Apocryphal Literature Today.” Voici sa conclusion :

In conclusion, if you wish to engage with Jewish and/or Christian apocryphal literature,

Always start with the manuscripts (codicology, paleography, textual criticism, philology).

Read your text synchronically, as a story (narrative and/or rhetorical approaches).

Explore the intertextual world of your text.

Identify the socio-historical context of your text.

Be aware of the work and the presuppositions of previous scholarship (especially of positivist and maximalist tendencies).

Be aware of your own presuppositions.

Be neither maximalist nor minimalist.

BUT DO YOUR BEST TO BE HOLISTIC!

 

Enoch Seminar 2014 Montréal Aperçu des participants pendant l'exposé du professeur Pierluigi Piovanelli

Enoch Seminar 2014
Montréal
Aperçu des participants pendant l’exposé du professeur Pierluigi Piovanelli

 

– Loren T. Stuckenbruck (Ludwig-Maximilians-Universität München): “Tributaries to the New Text-Critical Edition of 1 Enoch.” Le professeur Stuckenbruck nous a présenté un exposé fascinant sur les manuscrits du livre d’Enoch qui sont conservés dans des monastères en Éthiopie. Le tout illustré de photos qu’il a prises lui-même.

– Albert I. Baumgarten (Bar Ilan University) et James H. Charlesworth (Princeton Theological Seminary): “Academic Life after the Ph.D.”. Ces deux éminents professeurs ont prodigué quelques conseils sur comment mener une carrière de chercheur qui soit à la fois fructueuse et enrichissante. Ils se sont même permis quelques confidences!

– Gabriele Boccaccini (University of Michigan and Founder of the Enoch Seminar): “Five Centuries of Enochic Studies, from Florence 1486 to Montreal 2014.” L’étude du livre d’Enoch est intimement liée à l’histoire de l’ésotérisme occidental. Que dire de plus…? 😉

– André Gagné (Concordia University/ Université Concordia): “What is Gnosticism? Reassessing the Nomenclature.” Le professeur Gagné a présenté un état de la question très engagé et complet sur l’état de la question de l’étude du gnosticisme et des nombreuses définitions et classifications proposées dans les milieux académiques depuis la découverte des textes de Nag Hammadi. La question se pose : Est-ce que nous lisons les textes ou bien si le débat est polarisé autour de la question de l’attribution des textes aux écoles séthiennes, ophites ou valentiniennes? Lisons-nous ces textes en tenant compte du contexte dans lequel ils ont été composé ou simplement à partir des tentatives de classifications modernes et des typologies d’écoles?

 

Le personnage d’Enoch (ou Hénoc) vous intéresse? Les fondateurs et quelques membres du Enoch Seminar ont mis sur pieds une encyclopédie virtuelle et gratuite!  Consultez-là et découvrez à quel point elle constitue une véritable mine d’or : 4 Enoch: The Online Encyclopedia of Second Temple Judaism

 

** source de l’image : William Blake, חניך/(”Enoch”), 1806-1807

Avr 242014
 

Les nouvelles vont vites! Ce matin, je publiais une mise à jour sans savoir qu’un gros morceau allait sortir en après-midi!

Christian Askeland présente le dossier… : «Jesus had a Sister-in-Law» (N.B. : Le titre de ce billet a été modifié suite à une controverse au sujet du mot «Ugly» présent dans le titre original)

*Addendum 25 avril 2014 : Mark Goodacre, «Jesus’ Wife fragment : the Forgery of the Associated Fragment» et «Illustrating the Forgery of Jesus’ Wife’s Sister Fragment»* (ce dernier billet contient une image du côté A du fragment de l’Évangile de Jean)

*Addendum 25 avril 2014 : Pour nos amis qui lisent le portugais, Julio Cesar Chavez, «A tinta do fragmento da “Esposa de Jesus” e a evidêcia (definitiva) de falsificação»*

*Addendum 26 avril 2014 : Alin Suciu, «The Gospel of Jesus’ Wife Papyrus. Final Considerations»

 

*Addendum 28 avril : «Christian Askeland, «The Forgery of the Lycopolitan Gospel of John»

*Addendum  25 juin 2014 : Stephen Emmel procède à une analyse codicologique du fragment et conclue à un faux.

 

__

Pour l’expliquer en quelques mots, en essayant de simplifier, le dossier scientifique publié dans le Harvard Theological Review présente une datation du soi-disant papyrus de l’épouse de Jésus en le comparant avec un fragment de l’Évangile de Jean qui fait partie du même lot, qui appartient au même vendeur-collectionneur anonyme et dont la provenance est inconnue – déjà là, nous avons quelques drapeaux rouges.

Au sujet de l’encre, l’article publié dans la revue (sous le titre «Characterization of the Chemical Nature of the Black Ink in the Manuscript of The Gospel of Jesus’s Wife through Micro-Raman Spectroscopy») est en fait un condensé de deux pages et demi d’une étude plus substantielle (de 29 pages) qui est disponible sur le site web de l’Université Harvard. Voici cette étude (vous pouvez la télécharger à partir de cette page) :

James T. Yardley, Alexis Hagadorn, «Report: Ink Study of Two Ancient Fragments through Micro‐Raman Spectroscopy».

Ce qu’il y a de nouveau, ce que la communauté scientifique n’avait pas noté jusqu’ici, c’est que cet article présente des images recto-verso du fragment de papyrus de l’Évangile de Jean qui a été daté en même temps que le fragment de papyrus qui mentionne la femme de Jésus. Christian Askeland note que la graphie des deux papyrus est similaire – ce qui est normal. Mais le pot aux roses, c’est qu’il note aussi que le fragment de l’Évangile de Jean est en dialecte lycopolitain (ou subakhmimique, le dialecte numéroté L5) et qu’il présente un ordre des mots identique à une édition moderne de l’Évangile de Jean dans ce dialecte L5 édité en 1924 par Sir Herbert Thompson, The Gospel of St. John According to the Earliest Coptic Manuscript.. Voyez les images du fragment plus bas dans ce billet (mais ça prend une petite connaissance du copte pour apprécier l’affaire.)

 

En après-midi sur facebook, je notais (en anglais) ceci sur le babillard d’Alin Suciu :

Wow! Impressive! There is always one line skipped when we compare with Thompson’s edition! However, he wrote ebol in the fragment instead of abal in Thompson’s. Well, seems that C. Askeland find something big!capture

 

(traduction libre – puisque je me cite : Wow! Impressionnant! Le fragment présente toujours le texte avec un saut d’une ligne par rapport à l’édition de Thompson. Je note une différence, il a écrit ebol plutôt que abal. Christian Askeland semble avoir trouvé quelque chose d’important!)

Alin Suciu a publié quelques minutes après cette image qui le démontre clairement :

Lisez son article au complet : Alin Suciu, «Christian Askeland finds the “Smoking Gun”».

J’ai aussi écrit ceci sur son babillard :

Statistically, the chances for such a fragment to harmonize consistently with a line skip compared with Thompson’s edition are minimal. I made what you did, but with fragment A and the concordances are the same!

capture2

(traduction libre – puisque je me cite : Statistiquement, les chances sont faibles qu’un fragment puisse s’harmoniser avec autant de précision, avec un texte qui présente systématiquement un saut d’une ligne par rapport à l’édition de Thompson. J’ai fait la même chose que toi, mais avec le fragment A et j’arrive au même résultat!)

** Addendum 25 avril 2014 : Si vous voulez suivre le fil de discussion associé à cette image, sur le babillard facebook d’Alin Suciu, suivez ce lien (j’espère que ça marche, c’est la première fois que je mets un lien fb sur mon blog)**

** Addendum 26 avril 2014 : Voici l’image du côté A du fragment illustrant la concordance avec l’édition de Thompson (crédit Mark Goodacre)** 

L’histoire n’est pas finie, j’en suis convaincu…

 

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Post Scriptum

Pour le bénéfice des lecteurs, je répète ce que je dis sur mes autres billets depuis 2012 : Un texte qui mentionnerait une épouse du Christ n’aurait rien pour ébranler quoi que ce soit (nous ne sommes pas dans le Da Vinci Code tout de même!) Cela dit, je suis toujours convaincu que le papyrus est un faux, un faux qui ne sert qu’à polluer la recherche historique et la réflexion théologique contemporaine.

 

Si le papyrus s’avérait authentique, je le placerais bien plus du côté du symbolisme nuptial inspiré du Cantique des cantiques, comme on le lit dans l’Apocalypse de Jean, plutôt que du statu matrimonial de Jésus. (ici et ici)

Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus.
Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
comme une épouse qui s’est parée pour son époux. (Apocalypse de Jean 21. 1-2)

Alors l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint m’adresser la parole et me dit :
Viens, je te montrerai la fiancée, l’épouse de l’agneau. (Apocalypse de Jean 21. 9)

L’Esprit et l’épouse disent : Viens !
Que celui qui entend dise : Viens !
Que celui qui a soif vienne,
Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement. (Apocalypse de Jean 22. 17)

Et puis le billet de 2012.

Cela dit, le concept d’épouse du Christ est quelque chose de bien documentable dans la littérature spirituelle patristique. Mais ça ne signifie pas qu’il s’agisse d’un mariage dans le monde matériel, si je puis le dire ainsi. C’est comme le baiser sur la bouche que Jésus donne à Marie Madeleine dans l’Évangile de Philippe (un des pivot du Da Vinci Code et du livre Holy Blood and the Holy Grail). Ce baiser est le signe, ou le processus du transfert de l’Esprit et de la naissance spirituelle. On cite souvent en effet le logion 55 de l’Évangile de Philippe (les mots et les lettres entre crochets indiquent que l’éditeur les a restitués par une conjecture) :

(55) La Sagesse qu’on appelle « la stérile » est la mère [des] anges et [la] compagne du S[auveur].

[Quant à Ma]rie Ma[de]leine, le S[auveur l’aimait] plus que [tous] les disci[ples et il] l’embrassait sur la [bouche sou]vent. Le reste des [disciples]  [ . . ] . . . . . [ . ] . [ . . ] . . ils lui dirent : « Pourquoi l’aimes-tu plus que nous tous ? » Le Sauveur répondit et leur dit {   } « Pourquoi ne vous aimé-je pas comme elle ? »

Mais on mentionne beaucoup plus rarement ce qui vient avant dans le texte et qui constitue la clé herméneutique, les logia 30 et 31 (j’ajoute les caractères gras) :

(30) Tous ceux qui sont engendrés dans le monde c’est par la nature qu’ils sont engendrés, et les autres, c’est [d’où] ils sont engendrés qu’ils se nour[rissent]. L’homme, c’est de la [pro]messe qu’il re[çoit sa nourri]ture, en [vue du li]eu d’en haut. [S’il . . . . ] lui de la bouche – [d’où] provient la parole -, alors il serait nourri par (ce qui provient de) la bouche et il deviendrait parfait.

(31) En effet, les parfaits, c’est par un baiser qu’ils conçoivent et engendrent. C’est pourquoi nous aussi nous embrassons mutuellement et c’est par la grâce qui est en nous mutuellement que nous recevons la conception.

C’est une interprétation de la symbolique des noces dans le Cantique des cantiques («Qu’il me donne des baisers de sa bouche…») dont fait écho l’Apocalypse de Jean (les noces de l’Agneau) qui l’exprime littéralement : «L’Esprit et l’Épouse disent “Viens”» (Apocalypse 22.17). Nous (incluant les exégètes et les historiens) ne comprenons plus tellement bien ce langage qui exploite l’allégorie et la typologie. Mais c’est ainsi que les chrétiens s’exprimaient, ainsi que la branche rabbinique la plus mystique dans le judaïsme. J’ai un article sur ce sujet qui s’en va bientôt sous-presse “Husband and Wife as Spirit and Soul”.

Le papyrus soi-disant de l’épouse de Jésus. Mise à jour

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Avr 242014
 

À propos de ce dont j’ai parlé il y a quelques jours : Le papyrus soi-disant de la “femme de Jésus” – Quelques questions…

Voici quelques nouvelles (et articles de spécialistes en plus de ceux qui sont mentionnés dans les autres billets consacrés à ce papyrus). Vous trouverez les liens à la fin de ce billet-ci, en bas de la page. C’est surtout en anglais, je vais en ajouter sur ce même billet de temps à autre. Pour ce qui est des médias, il est clair que la majorité des journalistes et pigistes n’ont lu que le communiqué de presse envoyé par l’Université Harvard et n’ont pas lu les articles scientifiques (le lien est sur mon billet précédent) pourtant publiés aussi par Harvard… Or, il y a une discordance entre la dépêche de presse et les articles!

On constate aussi du côté des théologiens, théologiennes et historiens, historiennes des religions qu’il y a ceux et celles qui y tiennent coûte que coûte (du genre, c’est authentique parce que ça cadre avec mon agenda personnel), il y a les sceptiques coûte que coûte (du genre c’est un faux parce que ça ne cadre pas avec mon agenda personnel) et ceux et celles qui discutent sérieusement (au sein desquels certains y croient, d’autres sont convaincus qu’il s’agit d’un faux et d’autres suspendent leur jugement en attendant la suite).

Je conçois que le grand public s’y perd complètement.

Pour ma part, je suis encore extrêmement sceptique, non pas parce que ça « m’ébranle ». N’oublions pas que je suis l’auteur d’un mémoire de M.A. sur le motif de l’Esprit saint comme mère de Jésus et sur la masculoféminité du Logos (androgynie dans mon mémoire). N’oublions pas que je suis l’auteur d’un article sur la masculoféminité d’Adam. N’oublions pas que j’ai des articles sous presse sur le motif de l’époux et de l’épouse dans le Nouveau Testament, sur la masculoféminité du Christ dans la littérature chrétienne ancienne. Ce sujet m’intéresse au plus haut point (voir aussi ce que je dis dans mes autres billets consacrés à ce papyrus). Mais c’est justement parce que je m’y intéresse que je suis méfiant. Je ne veux pas que le débat et la recherche soient pollués par des trafiquants d’art, des faussaires et des chercheurs sans scrupules qui ne veulent que pousser leur agenda personnel…

Si le papyrus s’avérait authentique, je le placerais bien plus du côté du symbolisme nuptial inspiré du Cantique des cantiques, comme on le lit dans l’Apocalypse de Jean, plutôt que du statu matrimonial de Jésus.

 

Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus.
Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
comme une épouse qui s’est parée pour son époux. (Apocalypse de Jean 21. 1-2)

Alors l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint m’adresser la parole et me dit :
Viens, je te montrerai la fiancée, l’épouse de l’agneau. (Apocalypse de Jean 21. 9)

L’Esprit et l’épouse disent : Viens !
Que celui qui entend dise : Viens !
Que celui qui a soif vienne,
Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement. (Apocalypse de Jean 22. 17)

 

Larry Hurtado, «“Jesus’ Wife” Articles in HTR: Initial Thoughts».

Larry Hurtado, «“Jesus’ Wife Fragment”: Further Observations».

Francis Watson, «Jesus’ Wife Attempts a Comeback: Initial Response».

Leo Depuydt, «The Papyrus Fragment and the Crocodile: When Discerning a Blunder is Itself a…» (avec les réserves de Jim Davila concernant le ton moqueur de cet article).

Celui-ci date de 2012, il m’avait échappé. Arguments paléographiques et linguistiques. : Georgeos Diaz-Montexano, «Mary, Jesus’ Wife. A IV Century Coptic Papyrus. True or False?».

Dans Le monde des religions, une entrevue avec Jean-Daniel Dubois : «Jésus avait-il une femme? Le papyrus reste muet».

Enfin, dans Live Science, une enquête qui ouvre une porte du côté plus nébuleux de la théorie du complot et de l’identité du soi-disant premier acquéreur du papyrus… : «Gospel of Jesus’s Wife : Doubts Raised about Ancient Text». (Mark Goodacre,  «More Doubts Surface on the Jesus Wife Fragment» et Christian Askeland commentent et corrigent quelques données de cet article : «Hans-Ulrich Laukamp and the GJW»)

Certaines choses se précisent…

 

 

Une recension du livre “En marge du canon”

 Antiquité, Colloque, Religieux, Universitaire  Commentaires fermés sur Une recension du livre “En marge du canon”
Avr 212014
 

Vient de paraître une belle recension du volume En marge du canon. Études sur les écrits apocryphes juifs et chrétiens, paru en 2012 aux Éditions du Cerf sous la direction de mon ami André Gagné et notre collègue Jean-François Racine et dans lequel j’ai une contribution. J’avais déjà annoncé ce volume ailleurs sur mon blog.

La recension est signée par le chercheur belge Boris Paschke qui souligne que les contributions contenues dans ce recueil «offrent des points de vu très instructifs» et qu’Il constitue une «contribution très importante, et un guide compétent pour ceux qui souhaitent explorer le “continent apocryphe”».

Ma contribution à ce recueil est intitulée «L’Évangile de Judas cinq and après sa (re)découverte: Mise à jour et perspectives». (j’ai ai parlé ailleurs sur mon blog, ici et ici). Vous pouvez la lire en ligne ici. Le Dr. Paschke la recense de manière très élogieuse. Je vous laisse découvrir ça! Vous pouvez lire la recension sur un site associé à la Society of Biblical Literature : Review of Biblical Literature (vous pouvez aussi télécharger directement le PDF ici).

Avr 132014
 

(Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

 

Depuis vendredi, les médias et la blogosphère s’emballent de nouveau… une semaine avant Pâques! C’est en effet devenu une tradition que de lancer une controverse pendant le carême! Pensons au faux tombeau familial de Jésus, pensons aux faux rouleaux de métal, pensons au manuscrit en syriaque daté du Moyen âge, mais présenté comme plus ancien que les évangiles canoniques et j’en passe. Cette fois-ci, c’est une vieille histoire qui revient dans les médias. J’en avais parlé en septembre 2012 (avec des mises à jour jusqu’au 14 novembre 2013).

Si vous lisez l’anglais, vous avez le dossier scientifique ici, tel qu’il est paru dans le Harvard Theological Review. En cliquant sur l’onglet «Latest issue» les articles s’affichent et vous pouvez les ouvrir et les télécharger en format PDF – en principe, le dernier numéro s’affiche automatiquement.

J’attire votre attention sur les deux articles intitulés : « Accelerated Mass Spectrometry Radiocarbon Determination of Papyrus Samples »

Lisez-les et notez ceci :

Le labo de Harvard date le papyrus entre les années 659 à 869 de notre ère. Le labo de l’Arizona date le papyrus entre les années 405 à 209 AVANT notre ère, ce qui est un non sens!

Les médias ne vous le disent pas et Karen King – la prof de Harvard qui est derrière tout ça – passe bien vite sur la question…

Je note souvent – et je le dis souvent – que la datation au carbone 14 n’est pas une méthode précise, que des facteurs comme la contamination des échantillons – ou du matériel – peuvent jouer des tours. Nous en avons donc encore une fois une illustration!

Mais encore, on a prélevé des miettes de papyrus qui ne comportaient pas de trace d’encre afin de procéder à la datation au carbone 14. L’encre n’a donc pas été datée. L’encre n’a été qu’analysée chimiquement et spectroscopiquement.

D’autre part – et ça c’est une bourde monumentale de la part des médias, le manuscrit de l’Évangile de Jean qui est daté dans les deux articles intitulés « Accelerated Mass Spectrometry Radiocarbon Determination of Papyrus Samples » n’est pas l’original, mais une copie, un exemplaire qui a été daté à titre comparatif. Que d’affirmer que le fragment de papyrus est contemporain de l’époque de la rédaction de l’Évangile de Jean relève du contresens le plus grossier! Et c’est que ce rapportent de nombreux médias! (** Addendum en date du 24 avril, il y a désormais des suspicions autour de ce papyrus de l’Évangile de Jean. Détails ici)

Les médias ne disent pas bien fort non plus que la majorité des spécialistes de l’Antiquité tardive, des papyrologues et des coptologues (des spécialistes de la langue copte) sont d’avis qu’il s’agit d’un faux.  (Je vous donne à la fin de ce billet quelques liens d’articles écrits par des vrais spécialistes).

Il est en effet aisé de fabriquer de telles choses à partir d’un bout de papyrus ancien et vierge acheté sur le marché noir (ça se trouve facilement). Plusieurs ont noté que des bouts de phrase de l’édition PDF en ligne de l’Évangile de Thomas (sur le site web de Michael Grondin) qui comporte des fautes qui sont uniques à ce PDF, se retrouvent reproduites dans le papyrus. Ça, c’est un argument de taille qui est minimisé par Karen King. Un argument technique qui est difficile à évaluer de la part du grand public, mais qu’un spécialiste du copte voit très bien. Notons donc ceci : Certains médias affirment n’importe quoi, notamment le Figaro (Mis à jour Publié ) qui écrit que la structure grammaticale permet «de dater l’origine du document entre le VIe et le IXe siècle.» C’est faux!! La structure grammaticale indique au contraire qu’il y a quelque chose qui cloche! (** Note du 14 avril 2014 : Je reçois des questions à ce sujet, si vous lisez l’anglais, lisez ça sur le blog de Alin Suciu; puis ces deux articles de Andrew Bernhard 1; Andrew Bernhard 2 – ces articles comportent des citations en copte)

Autre faux détail mentionné dans le Figaro : «Aucun évangile ne mentionne le fait que Jésus ait été marié ou ait eu des disciples féminines» C’est faux! Les évangiles canoniques mentionnent ceci :

Or, par la suite, Jésus faisait route à travers villes et villages ; il proclamait et annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu. Les Douze étaient avec lui, et aussi des femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens. (Évangile selon Luc 8. 1-3)

Jésus lui dit : « Marie. » Elle se retourna et lui dit en hébreu : « Rabbouni » – ce qui signifie maître. Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. » (Évangile selon Jean 20. 16-18)

Comme ils étaient en route, il entra dans un village et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe s’affairait à un service compliqué. Elle survint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » (Évangile selon Luc 10. 38-42)

La journaliste du Figaro nous laisse une impression floue… Comme si elle n’aurait fait que reproduire ce qui se colporte et se grapille sur le web. A-t-elle lu le dossier scientifique et s’est-elle documentée? Ça manque de sérieux…

Mais encore plus tendancieux de la part des médias, c’est que Karen King elle-même dit dans la conclusion de son long article, celui qui est intitulé : « “Jesus said to them, ‘My Wife…’” : A New Coptic Papyrus Fragment » (à la page 158 ) : 

«The most historically reliable early Christian literature is silent about Jesus’s marital status, and the GJW fragment does not change that situation. It is not evidence that Jesus was married».

(GJW fragment = le bout de papyrus en question)

Traduction :

«La littérature chrétienne primitive la plus historiquement fiable est silencieuse sur l’état matrimonial de Jésus, et le fragment GJW ne change rien à cette situation. Il ne prouve pas que Jésus était marié ».

Karen King pense même désormais que le fragment, s’il est authentique, aurait pu subir l’influence d’un milieux islamique. On est donc assez loin d’un texte contemporain de l’Évangile de Jean qui parle de la conjointe de Jésus! À la page 159, elle écrit :

«In January 2014, I concluded this article by stating it would not be the last word on the subject. And now in early March, I received news of the results of the second radiocarbon testing of the material artifact of GJW that gives it a mean date of 741 c.e. This date suggests a new line of inquiry into the context of the fragment’s circulation in Egypt of the Islamic period, given the Qur’an’s designation of Jesus as “Son of Mary” and its view that prophets (among whom Jesus is numbered) were usually married, although the Qur’an does not state specifically that Jesus was married.»

Traduction :

« En Janvier 2014, je concluais cet article en déclarant qu’il ne constituerait pas le dernier mot sur ce sujet. Et maintenant, début Mars, j’ai reçu des nouvelles des résultats du deuxième test au radiocarbone de l’artefact matériel de GJW qui lui attribue une date moyenne de 741 de notre ère. Cette date indique une nouvelle piste de recherche (a new line of inquiry) sur le contexte de la circulation du fragment en Égypte pendant la période islamique, compte tenu de la désignation de Jésus dans le Coran comme « Fils de Marie » et son point de vue à l’effet que les prophètes (parmi lesquels Jésus est compté – selon l’Islam) étaient généralement mariés, bien que le Coran ne précise pas que Jésus était marié. »

Les médias qui parlent d’un papyrus contemporains de l’Évangile de Jean disent vraiment n’importe quoi… En aucun moment Karen King n’a suggéré une telle conclusion. Ce manque de rigueur est injustifiable et inacceptable, mais ne me surprend guère.

Je me permets aussi de me vous renvoyer à ce que je disais le 18 sept. 2012 : L’idée d’une épouse du Christ est documentable dans la littérature chrétienne ancienne. Il ne s’agit pas d’un mariage dans le monde matériel, mais d’une symbolique nuptiale inspirée du Cantique des cantique. C’est la même thématique qui est sous entendue dans l’Apocalypse de Jean. Je cite :

Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus.
Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
comme une épouse qui s’est parée pour son époux. (Apocalypse de Jean 21. 1-2)

Alors l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint m’adresser la parole et me dit :
Viens, je te montrerai la fiancée, l’épouse de l’agneau. (Apocalypse de Jean 21. 9)

L’Esprit et l’épouse disent : Viens !
Que celui qui entend dise : Viens !
Que celui qui a soif vienne,
Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement. (Apocalypse de Jean 22. 17)

 

Ce qui m’amène à poser la question sous un angle sociologique, plutôt qu’historique (ou chimique!). Pourquoi les médias ne s’intéressent-ils qu’à ce qui est subversif? Pourquoi les médias inventent-ils autant? Pourquoi certains journalistes sont-ils satisfaits lorsqu’ils publient des brouillons? Où sont nos véritables journalistes d’enquête? Pourquoi les médias ont-ils occulté certains détails importants des résultats de la datation au carbone 14? Pourquoi avoir autant ergoté en disant que le papyrus est contemporain de l’Évangile selon Jean, ou en affirmant que les évangiles canoniques ne parlent pas de femmes disciples ou en exagérant le tout en affirmant, au-delà des conclusions de Karen King, que nous avons désormais la preuve que Jésus était marié? Pourquoi un Jésus marié est-il si important pour notre époque? Pourquoi la période précédant Pâques est-elle si propice à ce genre de publications et à un certain manque de discernement et d’esprit critique? À chaque mois il se découvre pourtant des manuscrits bibliques anciens (pensons aux papyrus d’Oxyrhynque), il se découvre des manuscrits d’oeuvres classiques (tels Homère, Platon et d’autres) et c’est en général publié dans des revues académiques, mais dans l’indifférence totale de la part des médias. Je vous invite à lire à ce sujet la lettre ouverte de Brice C. Jones (le lien est au bas de la page).

J’ajoute aussi, en terminant, que nous déplorons régulièrement la montée d’une certaine pensée dite “conspirationiste” alors que certains voient des complots partout et s’imaginent que les médias sont complices d’une machination destinée à tromper les honnêtes gens. À lire le Figaro et d’autres médias et leur manière de traiter cette nouvelle, ça me laisse perplexe, ça me dit que certains médias s’amusent avec le public (en sont-ils conscients?) et nous prennent pour des gourdes. Un peu de rigueur SVP… Du respect aussi pour vos lecteurs.

 

D’ici quelques jours, probablement pendant le congé de Pâques, je reviens sur ce sujet avec d’autres réflexions. (Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

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Christian Askeland (spécialiste des évangiles coptes) : Jesus’s Wife Resurrected from the Dead.

Candida Moss (Notre-Dame University) : The “Gospel of Jesus Wife” is Still as Big as Mystery as Ever.

Brice C. Jones (Concordia University) : The Gospel of Jesus’ Wife : An Open Letter to Historians.

(Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

Déc 072013
 

Chers amis et chères amies,

Je vous annonce que je fais partie de l’équipe de production et d’animation de la toute nouvelle émission intitulée “Sur les rives de l’Outaouais” consacrée à l’actualité religieuse et à l’histoire des diocèses de Gatineau et d’Ottawa. Elle sera diffusée à partir de janvier sur l’ensemble du réseau Radio Ville-Marie à compter du 8 janvier le mercredi matin à 8h00, et en reprise le dimanche matin à 5h00.

Mes deux complices sont Stanislaw Sokolowski à la réalisation et Pierrot Lambert qui co-animera avec moi.

Stan Sokolowski, Serge Cazelais, Pierrot Lambert

Stan Sokolowski, Serge Cazelais, Pierrot Lambert

Le concept de cette émission est tout simple : Chroniques sur l’actualité, entrevues avec des acteurs régionaux et capsules hebdomadaires consacrées à des grandes figures de notre histoires. À noter que l’auteure Simone Saumur-Lambert fait aussi partie de notre équipe et collaborera régulièrement à l’émission

Les informations et mises à jours au sujet de l’émission se trouvent sur cette page web

 

C’est donc dire que ma série, co-animée avec Normand Cazelais, sur les premiers siècles de la chrétienté prend une pause (à ma demande) et devrait revenir l’automne prochain.