Encore une nouvelle de Noël : Folklofolie réchauffe le coeur des sans-abris à Gatineau

Folklofolie, duo composé d'André Varin et Marie-Claude Gagnon

 

À peine rentré d’une tournée en France et à quelques jours de Noël, le duo musical Folklofolie a offert aux sans-abris de Gatineau un moment de réconfort avec un spectacle en plein-air sous une température de -7 degrés.

Une de mes figures favorites de Noël est monsieur Scrooge, un personnage imaginé en 1843 par Charles Dickens dans sa nouvelle A Christmas Carol. Le destin de Scrooge est extraordinaire. Dickens le décrit comme étant un homme froid, rude qui souffre d’une imposante pauvreté relationnelle alors qu’il est pourtant riche en biens matériels. Il va jusqu’à soutenir que les pauvres ne sont pas dignes de sa charité, ni même de la vie. L’homme déteste farouchement et particulièrement la période de Noël qu’il associe au gaspillage.

 

 

Ce misanthrope vivra pourtant une série d’expériences et recevra la visite du spectre de son ancien partenaire d’affaires, puis des trois esprits de Noël; celui des Noël d’antan, celui des Noël actuels et celui des Noël à venir. Ces visiteurs lui feront voir ce qui se cache véritablement dans sa nature. Monsieur Scrooge vivra alors une profonde conversion qui le transformera en un homme bienveillant, généreux et joyeux.

Monsieur Scrooge
Monsieur Scrooge recevant la visite d’un esprit. Crédit Prawny Pixabay.

Une insoutenable lourdeur

Il se trouve à Gatineau un endroit sur le site de l’ancien aréna Robert-Guertin, à deux pas du Gîte ami, des campements où s’entassent des sans-abris.

Les décideurs se renvoient la balle, à savoir lequel des paliers de gouvernement devrait être en charge. Ça, c’est toute une affaire et on pourra s’en parler une autre fois. Concrètement, il faut le dire tout cru : on y voit des toiles délabrées et des roulottes qui tiennent à bout de tôle et des gens qui s’arrachent la vie au froid, des hommes et des femmes qui ont faim, dont certains sont aux prises avec la solitude, qui peinent à prendre soin de leur santé mentale.

Pourquoi est-ce que je vous parle de ça et que je vous ai parlé de monsieur Scrooge? C’est que ma lecture du personnage d’Ebenezer Scrooge va bien au-delà de la figure individuelle à laquelle l’un ou l’autre d’entre nous peuvent s’identifier. J’y vois un symbole de toute la beauté du monde enfouie, camouflée sous un sombre brouillard. En d’autres mots, notre monde qui va trop vite cache sous sa misère économique et sociale une petite lueur qui ne cherche qu’à briller dans une rencontre avec la véritable lumière du monde1, comme Scrooge qui se cachait à lui-même sa quête de bonheur et de sens sous le couvert de son avarice et sa rudesse.

Raconter une belle nouvelle à ma manière

Guertin est couvert d’une brume ténébreuse. Pourtant, le 22 décembre, ce lieu a été le théâtre d’une étincelle qui est venue réchauffer des corps et des coeurs durant un de ces moments qui nous chavirent et qui nous marquent à vie.

J’étais là. J’en suis témoin. J’y ai vu, réunis sous un chapiteau, des sans-abris, des membres du personnel de la halte chaleur de Réhabex et du Gîte-Ami. J’ai pu voir aussi Pierre Thibault de Gatineau TV, venu offrir de son temps pour capturer des images. J’ai fait connaissance avec William qui avait une partie de la logistique de l’événement bien en mains. Puis mon regard s’est tourné vers une femme qui jouait de la cuillère au milieu des sans-abris et qui a dansé un set carré avec eux. C’était la députée de Hull Suzanne Tremblay.

Wow… La vie nous surprend et nous révèle en cette série de fractions de seconde la véritable nature des gens.

Derrière une chaufferette au gaz, à deux pas d’une table à café couverte de pâtisseries, j’aperçois et j’entends le duo Folklofolie composé d’André Varin et de Marie-Claude Gagnon. Des chants, des rythmes traditionnels et de saison, de la guitare et du violon; André et Marie-Claude enchaînaient l’un à la suite de l’autre des classiques de Noël saupoudrés de bonne humeur et d’anecdotes, ponctuant leur prestation de mots bienveillants à l’endroit des sans-abris qui étaient venus se réchauffer, saisir un café, entendre, chanter, danser et taper des mains et du pied.

 

Dire qu’il s’agissait d’un moment magique ne suffirait pas à rendre compte de toutes les dimensions de l’événement. Il y avait en effet à cet instant quelque chose de renversant, comme une procession de la beauté, de la noblesse. Cet événement a su révéler une dimension profondément humaine chez chacune des personnes présentes. C’était touchant de voir des yeux qui brillent chez des gens qui auraient pourtant eu toutes les raisons d’afficher des airs sombres alors qu’ils manquent de l’essentiel; une boisson chaude, un manteau, une couverture pour traverser la nuit.

Le duo Folklofolie avec André Varin et Marie-Claude Gagnon
Le duo Folklofolie a réchauffé le coeur des sans-abris le 22 décembre à Gatineau. Photo Serge Cazelais.

Voir le monde autrement comme monsieur Scrooge

Si monsieur Scrooge avait assisté à cette fête, il aurait à nouveau compris que les Noël à venir sont remplis de potentiels, de promesses, qu’il n’en tient qu’à nous de leur donner un sens en semant du bonheur.

Notre monde n’est pas mauvais en lui-même, il a simplement besoin de se retrouver, comme ce fut le cas pour Ebenezer Scrooge

Loin d’être une publicité pour le duo Folklofolie; ce spectacle est avant tout une invitation à poser notre regard sur notre monde, une manière d’attirer l’attention sur la réalité des personnes en situation d’itinérance et sur leurs besoins, notamment en cette période-ci de l’année alors que le baromètre indique une température sous la barre du zéro. Un petit geste constitue un grand geste. Pour le dire clairement : Une paire de mitaines, ça compte pour celui qui les porte.

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1Jean 1, 5 et 8, 12.

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