Avr 132014
 

(Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

 

Depuis vendredi, les médias et la blogosphère s’emballent de nouveau… une semaine avant Pâques! C’est en effet devenu une tradition que de lancer une controverse pendant le carême! Pensons au faux tombeau familial de Jésus, pensons aux faux rouleaux de métal, pensons au manuscrit en syriaque daté du Moyen âge, mais présenté comme plus ancien que les évangiles canoniques et j’en passe. Cette fois-ci, c’est une vieille histoire qui revient dans les médias. J’en avais parlé en septembre 2012 (avec des mises à jour jusqu’au 14 novembre 2013).

Si vous lisez l’anglais, vous avez le dossier scientifique ici, tel qu’il est paru dans le Harvard Theological Review. En cliquant sur l’onglet «Latest issue» les articles s’affichent et vous pouvez les ouvrir et les télécharger en format PDF – en principe, le dernier numéro s’affiche automatiquement.

J’attire votre attention sur les deux articles intitulés : « Accelerated Mass Spectrometry Radiocarbon Determination of Papyrus Samples »

Lisez-les et notez ceci :

Le labo de Harvard date le papyrus entre les années 659 à 869 de notre ère. Le labo de l’Arizona date le papyrus entre les années 405 à 209 AVANT notre ère, ce qui est un non sens!

Les médias ne vous le disent pas et Karen King – la prof de Harvard qui est derrière tout ça – passe bien vite sur la question…

Je note souvent – et je le dis souvent – que la datation au carbone 14 n’est pas une méthode précise, que des facteurs comme la contamination des échantillons – ou du matériel – peuvent jouer des tours. Nous en avons donc encore une fois une illustration!

Mais encore, on a prélevé des miettes de papyrus qui ne comportaient pas de trace d’encre afin de procéder à la datation au carbone 14. L’encre n’a donc pas été datée. L’encre n’a été qu’analysée chimiquement et spectroscopiquement.

D’autre part – et ça c’est une bourde monumentale de la part des médias, le manuscrit de l’Évangile de Jean qui est daté dans les deux articles intitulés « Accelerated Mass Spectrometry Radiocarbon Determination of Papyrus Samples » n’est pas l’original, mais une copie, un exemplaire qui a été daté à titre comparatif. Que d’affirmer que le fragment de papyrus est contemporain de l’époque de la rédaction de l’Évangile de Jean relève du contresens le plus grossier! Et c’est que ce rapportent de nombreux médias! (** Addendum en date du 24 avril, il y a désormais des suspicions autour de ce papyrus de l’Évangile de Jean. Détails ici)

Les médias ne disent pas bien fort non plus que la majorité des spécialistes de l’Antiquité tardive, des papyrologues et des coptologues (des spécialistes de la langue copte) sont d’avis qu’il s’agit d’un faux.  (Je vous donne à la fin de ce billet quelques liens d’articles écrits par des vrais spécialistes).

Il est en effet aisé de fabriquer de telles choses à partir d’un bout de papyrus ancien et vierge acheté sur le marché noir (ça se trouve facilement). Plusieurs ont noté que des bouts de phrase de l’édition PDF en ligne de l’Évangile de Thomas (sur le site web de Michael Grondin) qui comporte des fautes qui sont uniques à ce PDF, se retrouvent reproduites dans le papyrus. Ça, c’est un argument de taille qui est minimisé par Karen King. Un argument technique qui est difficile à évaluer de la part du grand public, mais qu’un spécialiste du copte voit très bien. Notons donc ceci : Certains médias affirment n’importe quoi, notamment le Figaro (Mis à jour Publié ) qui écrit que la structure grammaticale permet «de dater l’origine du document entre le VIe et le IXe siècle.» C’est faux!! La structure grammaticale indique au contraire qu’il y a quelque chose qui cloche! (** Note du 14 avril 2014 : Je reçois des questions à ce sujet, si vous lisez l’anglais, lisez ça sur le blog de Alin Suciu; puis ces deux articles de Andrew Bernhard 1; Andrew Bernhard 2 – ces articles comportent des citations en copte)

Autre faux détail mentionné dans le Figaro : «Aucun évangile ne mentionne le fait que Jésus ait été marié ou ait eu des disciples féminines» C’est faux! Les évangiles canoniques mentionnent ceci :

Or, par la suite, Jésus faisait route à travers villes et villages ; il proclamait et annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu. Les Douze étaient avec lui, et aussi des femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens. (Évangile selon Luc 8. 1-3)

Jésus lui dit : « Marie. » Elle se retourna et lui dit en hébreu : « Rabbouni » – ce qui signifie maître. Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. » (Évangile selon Jean 20. 16-18)

Comme ils étaient en route, il entra dans un village et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe s’affairait à un service compliqué. Elle survint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » (Évangile selon Luc 10. 38-42)

La journaliste du Figaro nous laisse une impression floue… Comme si elle n’aurait fait que reproduire ce qui se colporte et se grapille sur le web. A-t-elle lu le dossier scientifique et s’est-elle documentée? Ça manque de sérieux…

Mais encore plus tendancieux de la part des médias, c’est que Karen King elle-même dit dans la conclusion de son long article, celui qui est intitulé : « “Jesus said to them, ‘My Wife…’” : A New Coptic Papyrus Fragment » (à la page 158 ) : 

«The most historically reliable early Christian literature is silent about Jesus’s marital status, and the GJW fragment does not change that situation. It is not evidence that Jesus was married».

(GJW fragment = le bout de papyrus en question)

Traduction :

«La littérature chrétienne primitive la plus historiquement fiable est silencieuse sur l’état matrimonial de Jésus, et le fragment GJW ne change rien à cette situation. Il ne prouve pas que Jésus était marié ».

Karen King pense même désormais que le fragment, s’il est authentique, aurait pu subir l’influence d’un milieux islamique. On est donc assez loin d’un texte contemporain de l’Évangile de Jean qui parle de la conjointe de Jésus! À la page 159, elle écrit :

«In January 2014, I concluded this article by stating it would not be the last word on the subject. And now in early March, I received news of the results of the second radiocarbon testing of the material artifact of GJW that gives it a mean date of 741 c.e. This date suggests a new line of inquiry into the context of the fragment’s circulation in Egypt of the Islamic period, given the Qur’an’s designation of Jesus as “Son of Mary” and its view that prophets (among whom Jesus is numbered) were usually married, although the Qur’an does not state specifically that Jesus was married.»

Traduction :

« En Janvier 2014, je concluais cet article en déclarant qu’il ne constituerait pas le dernier mot sur ce sujet. Et maintenant, début Mars, j’ai reçu des nouvelles des résultats du deuxième test au radiocarbone de l’artefact matériel de GJW qui lui attribue une date moyenne de 741 de notre ère. Cette date indique une nouvelle piste de recherche (a new line of inquiry) sur le contexte de la circulation du fragment en Égypte pendant la période islamique, compte tenu de la désignation de Jésus dans le Coran comme « Fils de Marie » et son point de vue à l’effet que les prophètes (parmi lesquels Jésus est compté – selon l’Islam) étaient généralement mariés, bien que le Coran ne précise pas que Jésus était marié. »

Les médias qui parlent d’un papyrus contemporains de l’Évangile de Jean disent vraiment n’importe quoi… En aucun moment Karen King n’a suggéré une telle conclusion. Ce manque de rigueur est injustifiable et inacceptable, mais ne me surprend guère.

Je me permets aussi de me vous renvoyer à ce que je disais le 18 sept. 2012 : L’idée d’une épouse du Christ est documentable dans la littérature chrétienne ancienne. Il ne s’agit pas d’un mariage dans le monde matériel, mais d’une symbolique nuptiale inspirée du Cantique des cantique. C’est la même thématique qui est sous entendue dans l’Apocalypse de Jean. Je cite :

Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus.
Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
comme une épouse qui s’est parée pour son époux. (Apocalypse de Jean 21. 1-2)

Alors l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint m’adresser la parole et me dit :
Viens, je te montrerai la fiancée, l’épouse de l’agneau. (Apocalypse de Jean 21. 9)

L’Esprit et l’épouse disent : Viens !
Que celui qui entend dise : Viens !
Que celui qui a soif vienne,
Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement. (Apocalypse de Jean 22. 17)

 

Ce qui m’amène à poser la question sous un angle sociologique, plutôt qu’historique (ou chimique!). Pourquoi les médias ne s’intéressent-ils qu’à ce qui est subversif? Pourquoi les médias inventent-ils autant? Pourquoi certains journalistes sont-ils satisfaits lorsqu’ils publient des brouillons? Où sont nos véritables journalistes d’enquête? Pourquoi les médias ont-ils occulté certains détails importants des résultats de la datation au carbone 14? Pourquoi avoir autant ergoté en disant que le papyrus est contemporain de l’Évangile selon Jean, ou en affirmant que les évangiles canoniques ne parlent pas de femmes disciples ou en exagérant le tout en affirmant, au-delà des conclusions de Karen King, que nous avons désormais la preuve que Jésus était marié? Pourquoi un Jésus marié est-il si important pour notre époque? Pourquoi la période précédant Pâques est-elle si propice à ce genre de publications et à un certain manque de discernement et d’esprit critique? À chaque mois il se découvre pourtant des manuscrits bibliques anciens (pensons aux papyrus d’Oxyrhynque), il se découvre des manuscrits d’oeuvres classiques (tels Homère, Platon et d’autres) et c’est en général publié dans des revues académiques, mais dans l’indifférence totale de la part des médias. Je vous invite à lire à ce sujet la lettre ouverte de Brice C. Jones (le lien est au bas de la page).

J’ajoute aussi, en terminant, que nous déplorons régulièrement la montée d’une certaine pensée dite “conspirationiste” alors que certains voient des complots partout et s’imaginent que les médias sont complices d’une machination destinée à tromper les honnêtes gens. À lire le Figaro et d’autres médias et leur manière de traiter cette nouvelle, ça me laisse perplexe, ça me dit que certains médias s’amusent avec le public (en sont-ils conscients?) et nous prennent pour des gourdes. Un peu de rigueur SVP… Du respect aussi pour vos lecteurs.

 

D’ici quelques jours, probablement pendant le congé de Pâques, je reviens sur ce sujet avec d’autres réflexions. (Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

**

Christian Askeland (spécialiste des évangiles coptes) : Jesus’s Wife Resurrected from the Dead.

Candida Moss (Notre-Dame University) : The “Gospel of Jesus Wife” is Still as Big as Mystery as Ever.

Brice C. Jones (Concordia University) : The Gospel of Jesus’ Wife : An Open Letter to Historians.

(Une mise à jour est ici en date du 24 avril 2014)

Déc 072013
 

Chers amis et chères amies,

Je vous annonce que je fais partie de l’équipe de production et d’animation de la toute nouvelle émission intitulée “Sur les rives de l’Outaouais” consacrée à l’actualité religieuse et à l’histoire des diocèses de Gatineau et d’Ottawa. Elle sera diffusée à partir de janvier sur l’ensemble du réseau Radio Ville-Marie à compter du 8 janvier le mercredi matin à 8h00, et en reprise le dimanche matin à 5h00.

Mes deux complices sont Stanislaw Sokolowski à la réalisation et Pierrot Lambert qui co-animera avec moi.

Stan Sokolowski, Serge Cazelais, Pierrot Lambert

Stan Sokolowski, Serge Cazelais, Pierrot Lambert

Le concept de cette émission est tout simple : Chroniques sur l’actualité, entrevues avec des acteurs régionaux et capsules hebdomadaires consacrées à des grandes figures de notre histoires. À noter que l’auteure Simone Saumur-Lambert fait aussi partie de notre équipe et collaborera régulièrement à l’émission

Les informations et mises à jours au sujet de l’émission se trouvent sur cette page web

 

C’est donc dire que ma série, co-animée avec Normand Cazelais, sur les premiers siècles de la chrétienté prend une pause (à ma demande) et devrait revenir l’automne prochain.

Oct 292013
 

Bravo à mon amie Gisèle Bourdon qui a remporté le prix ACPC-Inter 2013, catégorie “Réflexion” pour son article intitulé “En Égypte, j’ai été profondément évangélisée”. Les prix ACPC-Inter veulent reconnaître le travail des artisans des périodiques membres, qu’ils soient rédacteurs, graphistes, photographes ou chroniqueurs.

Comme Sr. Gisèle me disait vendredi dernier dans mon bureau «je n’ai pas écrit ça pour gagner un prix», ayant été informée qu’elle était en nomination, réalisant qu’elle ne pouvait se rendre à Trois-Rivières au cas où… En tout cas ma chère amie, tu mérites pleinement cette reconnaissance. Tu fais un travail extraordinaire sur le terrain! Tu es une vraie missionnaire de foi, de conviction et d’amour!

Vous pouvez télécharger le numéro complet de la revue.

Gisèle Bourdon, sscj, “En Égypte, j’ai été profondément évangélisée”, Univers – avril-mai-juin 2013, p. 11-16.

 

Pour vous abonner à la revue Univershttp://www.opmcanada.ca/publications/univers

Sep 202013
 

Si vous avez écouté l’émission “La chrétienté au premier millénaire” durant la semaine du 16 septembre 2013, ces deux nouvelles devraient vous intéresser. Il a en effet été question de la présence chrétienne dans le Caucase.

Des géorgiens musulmans se sont massivement convertis au christianisme

Lost Armenian Monastery Found Inside a Rock

L’émission est co-animée par Serge Cazelais et Normand Cazelais et est diffusée sur l’ensemble du réseau Radio Ville-Marie le mardi à 21h00 et en reprise le dimanche à 10h00.

Sep 092013
 

Vos deux animateurs de radio favoris sont de retour! C’est en effet cette semaine que l’émission “La chrétienté au premier millénaire” prend l’antenne sur l’ensemble du réseau Radio Ville Marie. Cette série fait suite à nos émissions de l’an dernier qui étaient consacrées aux origines chrétiennes et à ses premiers développements.

Normand Cazelais

 

 

La formule est la même, sur un ton décontracté teinté parfois d’humour, Normand Cazelais et moi-même (Serge Cazelais) nous entretiendrons principalement de la période de la fin du troisième siècle jusqu’à l’époque carolingienne. Les heures de diffusion sont les mêmes : Mardi 21h et en reprise le dimanche 10h.

C’est un rendez-vous!

Mai 312013
 

Certains auditeurs l’ont noté, depuis quelques semaines c’était des reprises qui étaient diffusées. Ne manquez pas notre dernière émission originale de la saison qui sera diffusée mardi le 4 juin (21h) en reprise dimanche le 9 juin (10h).

La série “Aux premiers temps de la chrétienté” sera rediffusée tout l’été. Écoutez-moi, en compagnie de Normand Cazelais les mardis à 21h00 et en reprise les dimanches à 10h00 sur Radio Ville-Marie. C’est la saison d’automne 2012 qui est entièrement rediffusée.

Je vous annonce officiellement que nous serons de retour l’automne prochain avec une série d’émissions originales. Au programme, les conciles, les Pères cappadociens, Ambroise de Milan, Augustin, Jérome (et l’origine de la Vulgate), Boèce, Grégoire le Grand, Isidore de Séville, Alcuin, Florus et Agobard de Lyon (et leurs rôles dans la transmission des oeuvres d’Augustin), Jean Scot Érigène et bien d’autres! Ce sera passionnant pour les amateurs d’exégèse biblique allégorique, de philosophie et d’histoire!

Bon été aux auditeurs de Radio Ville-Marie!

Serge

Avr 152013
 

André Gagné (Université Concordia) recense le livre de Marie Françoise BaslezComment notre monde est devenu chrétien.

De nombreux lieux communs sont sérieusement remis en question. Je cite :

« MFB remet donc en cause l’opinion selon laquelle c’est la conversion de Constantin qui donna au christianisme sa place dans l’Empire. La conversion de l’empereur fut progressive et s’acheva par son baptême sur son lit de mort en 337. Ce n’est qu’à partir de 320 que Constantin semble contribuer à l’établissement et à la visibilité du christianisme dans la société. Même après sa conversion, l’empereur agit avec cruauté lorsqu’il fait massacrer une partie de sa famille en 326 et traite ses ennemis avec barbarie. À la différence de Paul Veyne, MFB n’est pas d’avis que Constantin était devenu pleinement chrétien en 312. Lors du concile de Nicée (325), l’empereur ne permet pas la dissidence. Son choix entre les différents partis n’est pas motivé par des raisons théologiques, mais par la volonté de se rallier à la majorité. Les décideurs de l’orthodoxie doivent provenir de Rome. »

« Ce livre indispensable est bienvenu à l’heure des romans à succès et ouvrages grand public sur les prétendues origines mystérieuses et cachées du christianisme ancien. »

« Selon Marie-Françoise Baslez, que nous approuvons, la christianisation de l’Empire s’est faite avant Constantin, sans lui et après lui. Le christianisme a poursuivi son parcours après la chute de Rome et a même réussi à gagner les Barbares. »

Références complètes :

Marie-Françoise Baslez, Comment notre monde est devenu chrétien, Tours, Éditions CLD, 2008.

André Gagné, in Revue de l’histoire des religions (2013), p. 128-131

Mar 142013
 

Régulièrement, la blogosphère sert de courroie de transmission à des histoires de peur au sujet de la fin du monde. On peut penser d’abord à la peur qui régnait dans l’espace public en 1999 à cause du fameux « L’an mil neuf cent nonante neuf sept mois, Du ciel viendra un grand Roi d’effrayeur Ressusciter le Grand Roi d’Angoulmois Avant après Mars régner par bonheur » de Nostradamus et à celle provoquée par le calendrier maya qui supposément prédisait un cataclysme pour décembre 2012 ou bien par Zacharia Sitchin qui, dans ses oeuvres de fictions, prédisait la visite dans notre système solaire d’une planète géante nommée Nibiru (ou Planète X) supposément connue des sumériens…

Récemment encore, certains ont fait grand cas d’une liste de noms et de devises qui nous est parvenue sous le nom de St-Malachie. Clarifions une chose, ce St-Malachie n’est pas le prophète biblique dont un livre porte le nom de Malachie. Rien à voir, mais certains confondaient les deux noms.

Il s’en est trouvé qui ont donc annoncé que le pape qui succéderait à Benoit XVI serait le dernier. Sa devise, selon le document attribué à St-Malachie, est : “Petrus Romanus”.  D’autres vont jusqu’à dire qu’il serait même l’antéchrist! La fin du monde est encore à nos portes! Que croire, que penser? Foutaise ou révélation prophétique?

Je serai franc avec vous. Cette supposée prophétie des papes de St-Malachie, je n’y crois pas une miette. Ça n’a rien à voir avec la foi chrétienne, encore moins avec une prophétie sacrée, ni avec une tradition ésotérique (Ah! Que l’ésotérisme a donc le dos large…), ni avec un savoir initiatique, ni avec une connaissance occulte. Niet, rien de ça. À ma connaissance, l’Église catholique romaine ne fait pas grand cas de cette liste.

C’est quoi alors? Il s’agit d’un document de propagande inventé au 16e siècle et destiné à faire élire le Cardinal Girolamo Simoncelli durant le Conclave de 1590, lui qui était originaire d’Orvieto, nom qui se dit en latin Urbs vetus (signifie littéralement “vieille cité”), d’où la devise qu’attribue le document de St-Malachie au pape devant être élu au moment où le document a fait surface : “Ex antiquitate Urbis” (littéralement : “(originaire) de la Cité antique”). La suite de l’histoire montre que le Cardinal Simoncelli ne fut pas élu. Le Conclave choisit plutôt Niccolò Sfondrati qui prit le nom de Grégoire XIV. Le document devient alors inutile… Ça explique pourquoi la liste de noms et de devises papales est extrêmement précise avant 1590 et qu’elle devient complètement floue et très vague pour les papes qui sont venus après 1590. Le document de propagande tomba donc dans l’oubli jusqu’à ce que certains pseudo-ésotéristes du vingtième siècle le déterrent et produisent des livres destinés au grand public. La fin du monde, c’est plus payant que bien d’autre chose, semble-t-il.

Fin du mystère et n’en parlons plus.

Sur ce, je souhaite un bon pontificat au Pape François 😉

Serge

 

Sur le même sujet :

Après Benoit XVI, le dernier Pape?

Plus ça change…

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Mar 142013
 

ALMA s’apprête à révéler les secrets du cosmos

«Nous, nous formons partie de l’univers et nous aimerions en savoir plus sur nous-mêmes: savoir d’où nous venons, quel a été le commencement, pourquoi nous sommes ici, comment  s’est formée la Terre et la vie et vers où nous allons»,  conclut Massimo Tarenghi.

Ça ne vous rappelle pas quelque chose?

«Qui étions-nous? Que sommes-nous devenus? Où étions-nous? Où avons-nous été jetés? Vers où nous hâtons-nous? D’où sommes-nous rachetés? Qu’est-ce que la génération et la régénération?»

Extraits de Théodote 78 (IIe siècle), conservés par Clément d’Alexandrie (150-220)

Fév 182013
 

Quelqu’un m’interpelle au sujet des prédictions de Pierre Jovanovic. J’avoue que je m’intéresse peu à ce qu’il fait et à ce qu’il dit et écrit sur son site web. Mais bon, je ne demande qu’à être convaincu. J’ai l’esprit assez ouvert lorsque quelqu’un me poste un vidéo ou un article pour le lire. Mais bien souvent, avec Jovanovic, je reste sur ma faim.

Cela dit, je me suis intéressé à l’édition en deux tomes des textes de Nag Hammadi publiée par sa maison d’édition Le jardin des livres (sous le titre : Les manuscrits de Nag Hammadi). De ça, je peux bien dire un mot.

Sur le coup, ça semble une bonne édition, bien savante. Le nom qui paraît sur la couverture est celui de James M. Robinson! Ça impressionne! Le professeur Robinson est en effet le pionnier de la recherche sur les textes de Nag Hammadi. Professeur émérite à Claremont Graduate University. Détenteur d’un doctorat honoris causa de l’Université Laval. Un homme remarquable que je connais bien en plus (photo 1 et photo 2) – mais bon, le point n’est pas là. Le problème des volumes en question n’est donc pas le nom de l’auteur qui apparait sur la couverture. Le problème vient plutôt de la traduction française. Il faut en effet savoir d’une part qu’il ne s’agit pas d’une traduction de première mains des textes de Nag Hammadi faite sur le copte. C’est une traduction de traduction, faite à partir de l’anglais. Le volume original a en effet été publié en anglais sous le titre The Nag Hammadi Library in English. Cette édition, plusieurs fois réédité et qui a rendu de fiers services est cependant désuète. Les traductions anglaises des textes de Nag Hammadi parues dans ce volume sont désormais toutes disponibles en ligne (gratuitement) sur le site web de la Gnostic Society. C’est ainsi inutile de l’acheter. Elle ne bénéficie pas des 35 dernières années de recherche sur les textes de Nag Hammadi, et surtout sur la grammaire et la syntaxe des dialectes de la langue copte. Cette bonne vieille édition a ainsi été remplacée (en 2009) par une édition anglaise plus récente publiée sous la direction du défunt Marvin Meyer et à laquelle a collaboré James M. Robinson, ainsi que Wolf-Peter Funk (Université Laval), Paul-Hubert Poirier (Université Laval) et Elaine Pagel (Princeton University) : The Nag Hammadi Scriptures. Si vous voulez une bonne traduction anglaise à jour et pas chère. c’est cette dernière qu’il faut acheter.

La question que je me pose au sujet de la traduction française publiée par la maison d’édition de Pierre Jovanovic est la suivante : Quel est l’intérêt de publier la traduction française d’une traduction anglaise de textes coptes? Pourquoi aussi avoir choisi de traduire une traduction anglaise désuète et accessible gratuitement en ligne? Pourquoi ne pas avoir demandé à des chercheurs qui savent lire le copte de produire une traduction originale plutôt que de traduire une traduction anglaise qui n’est plus à jour? Est-ce que le grand public est bien servi? De plus, le volume anglais plus récent coûte $19.75 chez Amazon.ca (en date du 18 février 2013). Les deux volumes du Jardin des livres coûtent 21 euros chacun… Ça fait un peu plus de $56 (en date du 18 février 2013). Et c’est une traduction française faite sur une traduction anglaise (qui est dépassée, ne l’oublions pas). C’est un pensez-y bien. Moi, en tout cas, je ne suis pas preneur. Pas à cause du prix, mais parce que c’est une traduction de secondes mains qui n’est pas faite directement sur le copte. J’ai examiné ces volumes en librairie et en bibliothèque et c’est très mauvais. Les traducteurs français ne comprennent souvent pas ce qu’ils traduisent de l’anglais. Le vocabulaire technique de la gnose est parfois bien nébuleux et confus. Impossible, notamment, de s’y fier pour une étude de détails. Je ne recommande donc pas de faire l’acquisition de ces volumes. (NB : Ne me demandez pas des exemples de traductions nébuleuses, je n’en donnerai pas sur mon blog, ni par courriel, mais si vous voulez, invitez-moi, payez-moi un verre, on sort les livres d’une bibliothèque et on regarde ça.)

Mais, me dira-t-on, je suis nul en anglais et je veux lire les textes de Nag Hammadi en français. Alors là gardez vos sous et lisez-les (gratuitement) en ligne sur le site de la Bibliothèque copte de l’Université Laval. Inutile de dépenser $56. Vous pouvez aussi vous procurer les fascicules qui sont publiés aux Presses de l’Université Laval. C’est cher, certes, mais ça vaut la peine si vous voulez être sérieux dans vos recherches. Autre alternative, procurez-vous la traduction française de l’ensemble des textes de Nag Hammadi publiée chez Gallimard dans la collection Bibliothèque de la Pléiade sous le titre Écrits gnostiques.

Je vous laisse tirer vos propres conclusions.

 

Fév 112013
 

On lit toute sorte de choses sur les réseaux sociaux. Mieux vaut se renseigner un peu avant de porter un jugement dans un sens ou dans l’autre (non pas sur l’homme) mais sur l’événement.

Le Code de Droit Canonique de l’Église Catholique prévoit la chose.

Livre II Can. 332 -§ 2. S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit.

Détails dans le Magazine La Vie : Démission du Pape : ce que dit le droit canon.

Benoît XVI écrivait en 2010 dans son livre Lumière du monde : « Si un pape se rend compte clairement qu’il n’est plus capable, physiquement, psychologiquement et spirituellement, d’accomplir les tâches inhérentes à sa fonction, alors il a le droit et, dans certaines circonstances l’obligation, de démissionner.» Le Nouvel Observateur en avait fait état.

Détails aussi dans L’Express: Quand Benoit XVI revendiquait le droit à la démission.

** Ajout 12 février : Un spécialiste du droit canon nous explique : Le Père Cédric Burgun.

Évangile de Judas : Traduction française en ligne

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Jan 062013
 

Pierre Cherix (Université de Genève) met en ligne sur son site COPTICA des ressources pour les coptisants.

Il nous offre aussi une traduction française, une édition du texte copte et une concordance de l’Évangile de Judas qui tient compte des nouveaux fragments (un PDF va s’ouvrir) : http://www.coptica.ch/Cherix-EvJudas.pdf.

Ma contribution parue en 2012 dans le volume En marge du canon aux Éditions du Cerf : “L’Évangile de Judas cinq ans après sa (re)découverte. Mise à jour et perspectives.”

Hymne sur la Nativité de St-Ephrem

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Déc 242012
 

Bienvenu aux auditeur de la série “Aux premiers temps de la chrétienté”

Durant l’émission de Noël à Radio Ville-Marie (diffusée le 25 décembre à 21h00 et en reprise dimanche le 30 à 10h00) il a été question d’un hymne de St-Éphrem :

1. Ce jour, mon Seigneur, a réjoui
Les rois, les prêtres et les prophètes,
Car leurs paroles en ce jour furent accomplies
Et devinrent toutes réalités.

Refrain : Gloire à toi, Fils de notre Créateur !

2. La Vierge a mis au monde aujourd’hui
L’Emmanuel en Bethléem ;
La parole dite par Isaïe
S’est aujourd’hui réalisée.

3. Il est né en ce lieu,
Celui qui dans un livre dénombre les peuples ;
Le psaume par David chanté,
Aujourd’hui s’est accompli.

4. La parole prononcée par Michée
Est devenue aujourd’hui réalité :
Un berger sort d’Éphrata,
Et son bâton guide les âmes.

5. Voici qu’une étoile se lève, issue de Jacob :
Un chef surgit d’Israël ;
La prophétie prononcée par Balaam
Trouve aujourd’hui son explication.

6. Elle est descendue, la lumière cachée ;
À traver un corps sa beauté s’est manifestée.
L’astre levant dont a parlé Zacharie
À Bethléem a brillé aujourd’hui.

7. Elle s’est manifestée, la lumière royale,
À Éphrata, la vie royale.
La bénédiction prononcée par Jacob
atteint aujourd’hui sa plénitude.

 

La suite se lit ici : Éphrem de Nisibe médite la Nativité du Sauveur

Cet hymne a été publiée dans Éphrem de Nisibe, Hymnes sur la Nativité, Sources Chrétiennes n° 459, Cerf, Paris 2001.

André Gagné nous parle de Noël dans Le Devoir

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Déc 242012
 

Mon collègue et ami André Gagné (professeur agrégé d’études théologiques et religieuses à l’Université Concordia, Montréal) nous parle du sens profond des célébrations de Noël.

Dans la version en ligne du journal Le Devoir (24 décembre 2012) :

 «Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir»